Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 05:33

SORTIR DE LA SOUFFRANCE - (5/5)

Conférence de Jacques Vigne

donnée le 7 mars 2006 au Centre Culturel Alpha

 

-------------

 

Un grand psychiatre français qui a été ensuite un peu effacé par la psychanalyse, mais qui mérite qu'on l'étudie, du nom de Pierre Janet a repris, dans les années vingt, les idées du philosophe Bergson, un spirituel aussi. Il disait : finalement, si les gens vont mal, c'est parce qu'ils manquent d'élan vital, et donc il a rattaché énormément de troubles psychiques à la neurasthénie, qui était le contraire de l'élan vital; et le traitement de toutes ces formes de neurasthénie c'était l'élan vital. Et quand on y pense, si on n'a pas de force psychologique, si on est tout le temps dans la faiblesse, c'est un peu comme l'immunité du psychisme qui diminue; il y a des tas de tumeurs et d'infections qui se développent, auxquelles on ne pensait pas avant; vous savez dans le sida, par exemple, l'immunité est à zéro et donc il y a des tas de cancers rares qui normalement ne viennent pas mais qui se manifestent; et puis dès qu'on se coupe, ça fait une grande infection, une septicémie etc.. Et c'est pareil dans le domaine psychique, si on n'a pas cet élan vital, à ce moment-là, il y a énormément de problèmes qui se posent, par exemple, des obsessions. Les obsessions c'est comme une tumeur du cerveau, une tumeur du fonctionnement cérébral; il y a une idée qui devient de plus en plus grande, qui prend tout le cerveau. Ça vient quand il y a une baisse d'immunité psychique, quand il y a de la tristesse, de la neurasthénie. Ou alors il y a aussi les idées psychotiques. Chacun peut entendre de temps en temps une voix négative en lui; qui ne s'est pas dit à lui -même « pauvre con » quand on fait une erreur ? Tout ça ce sont des voix intérieures qui sont normales chez l'individu. Mais quand l'immunité du psychisme baisse, à ce moment-là elles prennent tellement d'importance qu'elles deviennent comme une voix séparée, et c'est le début de l'hallucination. Quant au dépressif, il dit de temps en temps qu'il a la tête vide, mais il ne faut pas le croire. C'est plutôt le contraire, il a la tête pleine du passé. Son passé l'envahit, ça devient comme un cancer et ça le paralyse complètement pour vivre au présent. A ce moment-là il tombe en dépression. La dépression est liée à ce qu'on appelle en psychiatrie, la rumination morbide et ça prend toute la place dans le passé. Et certains neuro-psychologues vont jusqu'à dire que la maladie d'Alzheimer, ce n'est pas un déficit, mais plutôt une sorte de développement cancéreux au niveau psychique du souvenir du passé. Ils ne sont plus maintenus sous la coupe d'une conscience qui peut maîtriser, ils prennent toute la place et il n'y a plus de place pour penser au présent; la personne devient gâteuse. Donc il y a cette théorie-là pour l'Alzheimer aussi. Une sorte de stimulation des souvenirs du passé qui prend la place du présent.

 

On arrive maintenant vers la fin: revenir à la joie. Je vous ai parlé de l'importance de la joie dans les thérapies et j'aime bien rappeler le souvenir d'un alcoolique que j'avais vu à Katowice; ce n'est pas une ville très joyeuse, mais une ville minière avec les crassiers. C'est une ville en perte de vitesse parce que le charbon ça ne marche plus bien, pour ajouter à la joie locale, juste à côté il y a l'ex-camp d'Auschwitz, donc les gens qui viennent à Katowice, c'est surtout pour visiter Auschwitz. Et donc il y a de la dépression dans l'air, il y a beaucoup d'alcoolisme chez ces mineurs de Pologne. J'ai donc visité un centre de désintoxication alcoolique pour enseigner au staff et au personnel des pratiques de yoga et de relaxation pour lutter contre l'alcoolisme. Alors j'ai discuté avec un ex-alcoolique qui s'en est tiré, et qui était le moteur du groupe d'anciens alcooliques pour aider beaucoup d'alcooliques à s'en tirer. Je lui ai demandé: « quel est ton secret ?» Et il m'a répondu par un seul mot; il m'a dit « la joie ». Et j'ai discuté avec lui; il m'a dit qu'il s'était aperçu qu'il était alcoolique parce qu'il était triste et que s'il voulait s'en tirer, il fallait qu'il travaille directement la joie. C'était ce qu'il avait fait, ce n'était pas un mystique. J'ai parlé avec lui de la religion. Il était un peu catholique, comme tous les Polonais, mais c'était une réflexion psychologique. Il s’était dit, mon alcoolisme, ça vient de la tristesse, et donc il faut que je travaille directement sur la joie. Et donc il y a des raisons aussi à la souffrance : je vous ai parlé d'addiction auparavant; on peut s'habituer tellement à la souffrance qu'on développe une addiction. Et l'alcoolisme, ça prend la place des endorphines qui sont, pour faire bref, les neurotransmetteurs de la joie. L'alcool et aussi le haschich ont des dérivés qui se mettent à la place de ces récepteurs et ces récepteurs deviennent paresseux parce qu'ils sont trop stimulés. Ils diminuent en nombre et donc quand on veut avoir une joie naturelle, comme marcher dans la nature, les endorphines qui sont produites agissent simplement sur 10% des récepteurs et donc on n'aura que 10% de la joie qui viendra; et on dira « comment ça se fait, je suis triste ? » Et on se dira, il faut que je reprenne un verre d'alcool pour me rendre joyeux de nouveau. Donc il y a réellement quelque chose de physique qui est transformé au niveau des récepteurs avec l'alcool, et c'est pour ça que les alcooliques ont un fond triste et qu'ils boivent de plus en plus pour essayer de se rendre gais un petit peu en buvant. Ça c'est valable pour l'alcool, le haschich, pour l'héroïne. C'est les mêmes, les morphines; ils vont sur les mêmes récepteurs d'endorphines et ils agissent sur notre capacité de joie. L'activité sexuelle aussi, ces plaisirs forts du corps, l'alimentation, agissent sur les endorphines. Ce sont aussi les neuro-transmetteurs de l'appétit sexuel, de l'appétit pour la nourriture et aussi l'appétit spirituel pour se concentrer, pour savoir. Et j'avais fait moi-même une expérience en prenant 3 jours de suite 1 comprimé d'Anatrexone (c'est connu en neuropsychologie comme la substance chimique qui inhibe les endorphines). En prenant ces comprimés, toute la joie que j'avais dans la méditation était supprimée. J'avais médité pendant 5 mois et tous les jours j'avais un niveau de joie régulier et à la fin, j'ai pris ces 3 comprimés, ça a tout mis par terre. Je n'étais pas dans une grande dépression, mais j'avais quand même une sorte de grisaille dans la tête et je n'avais aucune envie de faire quoi que ce soit. C'était une sorte de pré-dépression, parce que pour la dépression il faut de l'anxiété; là je n'étais pas vraiment anxieux, mais n'avais plus envie de rien. J'ai travaillé pour savoir comment me débarrasser de cet effet de l'Anatrexone; je la prenais avant le petit déjeuner et ça durait environ 8 heures. A 5 heures du matin, il y avait une joie normale qui reprenait. Mais si je voulais accélérer le processus, il m e fallait des choses qui marchent bien, comme le Hatha-Yoga, le chant, le chant religieux où l'on répète en poussant à la fin de chaque verset son souffle; ça marchait très bien. Et puis la marche, mais pas 5 ou 10 minutes de marche, il fallait régulièrement 20 à 25 minutes de marche assez rapide. A ce moment-là les endorphines étaient produites et la joie revenait. Et si je ne faisais rien, ça finissait par revenir quand l'Anatrexone était excrétée au bout de 8 à 10 heures.

 

Donc, c'est important de voir ça, on en reparlera demain dans la conférence sur la dépression et les dépendances. Alors, il y a des thérapies par le rire, mais même sans faire de thérapie par le rire, si vous avez des soucis, que vous ne vous en tirez pas, des problèmes qui vous semblent très profonds, si vous lisez un Tintin, probablement vous oublierez tout, au moins pendant la durée de la lecture de Tintin. Et ça c'est une expérience védantique, c'est-à-dire que tout se passe dans notre mental; et si on distrait le mental avec autre chose, on peut oublier nos grands soucis métaphysiques, notre dépression existentielle, nos problèmes de famille, de couple, politiques etc... Tout est oublié en lisant Tintin. Donc ça veut bien dire que tout se passe dans notre tête. Il y a une phrase de la Bhagavad-Gita qui résume tout ça : dans la joie, il y a la destruction de toutes les souffrances, dans la conscience de celui qui est joyeux; rapidement la « buddhi » s'installe. La « buddhi » c'est la qualité de l'esprit qui nous rend Bouddha, c'est l'intuition supérieure, l'intuition spirituelle qui prend racine en nous, et tout ça grâce à la joie. Deux citations pour terminer. Déjà une du Dalaï-Lama, je cite de mémoire, mais c'est vraiment son idée : « Le plus étonnant c'est que les gens ruinent leur santé pour gagner de l'argent, et ensuite ils dépensent cet argent pour essayer de retrouver la santé. On peut dire qu'ils sont comme morts à leur propre vie, et quand ils meurent, ils s'aperçoivent qu'ils n'ont jamais vécu. » C'est ça le côté comique de l'être humain, ou tragique, on peut dire les deux; fondamental, non ? Quant à Ma Anandamayi, elle disait que tout ce monde, c'était une maison de fous. Seul le sage peut se tirer de cette folie, mais on a tous notre folie d'une façon ou d'une autre.

 

------------ 

 

Source texte : VIGNE Jacques. Conférence : sortir de la souffrance [en ligne] (page consultée le 19 juillet 2011). Adresse URL : http://amis.univ-reunion.fr/amis/index.php?option=com_jevents&task=icalrepeat.detail&evid=350&Itemid=83&year=2006&month=03&day=07&title=sortir-de-la-souffrance&uid=93cf60a1fd51491097c2677c27f38058

 

Repost 0
22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 05:37

SORTIR DE LA SOUFFRANCE - (4/5)

Conférence de Jacques Vigne

donnée le 7 mars 2006 au Centre Culturel Alpha

 

--------------

 

A propos de ce désir qui nous met dans le rouge, qui nous met dans les problèmes, dans le sens de l'enseignement du Bouddha et de la Bhagavad-Gita, il y a une histoire qui se raconte chez les Bouddhistes, mais aussi au Moyen-Orient, et en Inde, l'histoire d'un singe qui aimait beaucoup les bananes. Un jour il voit une banane au pied de son arbre et donc il saute dessus, mais quand il veut mettre la main dessus, il s'aperçoit qu'elle est prise dans une sorte de cage à oiseaux qui était rentrée en terre. Donc pour atteindre la banane, le seul moyen était de mettre la main en long pour saisir la banane. Et ensuite, quand il veut tirer la main, ça bloque évidemment. A ce moment-là, il entend des pas derrière lui, au fait c'était le chasseur de singes qui avait monté le piège, et qui arrivait tranquillement. Et il ne se pressait pas parce qu'il savait qu'un singe ne lâcherait jamais sa banane. Donc quand il est arrivé, il a pris le singe par la peau du cou et à ce moment-là le singe s'est dit : d'accord, j'ai perdu la liberté, mais je garde la banane, et alors le chasseur qui avait préparé son bâton lui donne un petit coup au niveau du nerf, à l'endroit du coude, et cela fait une douleur violente au singe qui est obligé de lâcher sa banane. Il avait donc perdu à la fois la liberté et la banane. C'est une histoire que j'ai racontée à des gens déprimés en hôpital psychiatrique, et j'avais vraiment l'impression qu'ils écoutaient, parce que parler de leurs malheurs, ils s'endormaient un peu à toujours répéter leur histoire clinique et leurs malheurs, mais quand on leur racontait cette histoire, ils réalisaient que c'était en rapport avec leur situation.

vipassana N-B

La dépression ça vient souvent d'un deuil qu'on ne veut pas faire, au sens très large, ce n'est pas forcément une personne chère qui est morte, ça peut être, comme je vous l'ai dit, une image de soi qui s'est effondrée, un projet qui s'est effondré, des choses plus subtiles, mais auxquelles on était très attaché, qu'on a perdues et qu'on ne veut pas accepter d'avoir perdues, et à ce moment-là on préfère rester dans la dépression. Alors, le Bouddha parle donc de la voie hors de la souffrance; bien sûr le yoga aussi, et comment cela peut se faire, comment par exemple la méditation peut amener hors de la souffrance. Si on prend par exemple comme cas typique une méditation qu'a enseignée le Bouddha, l'observation des sensations et leur claire vision, ce qu'on appelle donc en Pali, Vipassana. Comment ça se passe? On observe donc les sensations; une des méthodes, c'est de les observer dans chacune des parties du corps, puis après on s'arrange pour qu'elles ne diffusent pas. Comment cela se passe dans nos réactions émotionnelles habituelles? On a une sensation qui part dans une partie du corps, comme la colère. On se dit, celui-là, je lui donnerais bien un coup de poing et donc au début on serre le poing, ça c'est la sensation de base, mais après ça diffuse. On serre aussi la mâchoire, inconsciemment on se dit celui-là, je le mordrais bien, et puis il y a une tension aussi au niveau de l'abdomen, ça se noue au niveau du ventre. Et après, il peut y avoir des tensions aussi dans la jambe, en se disant je vais lui botter le derrière. Qu'est-ce que ce que ça veut dire? Ça veut dire qu'on a le début du geste pour lui donner un coup de pied et ça veut dire des tensions dans la jambe. Et tout cet enchaînement de sensations ça forme l'émotion colère. Le génie de certaines méthodes de Vipassana, c'est de partir de là et en stoppant les sensations là où elles sont, de couper en quelque sorte les enchaînements d'émotions. On pourrait dire qu'une émotion constituée, c'est comme un serpent qui se dresse en nous, et quand on apprend à stabiliser les sensations dans chacune des parties du corps les unes après les autres, en balayant le corps régulièrement, à ce moment-là, on coupera le serpent en rondelles de saucisson et il ne sera plus capable de mordre. Donc on laissera la sensation, on observera un début de tension dans la main, on verra que c'est lié à la colère, mais tout le reste du corps restera détendu, la mâchoire restera détendue, ventre détendu, jambes détendues, et donc la colère ne pourra pas se développer. Donc on peut prendre ça avec d'autres émotions, avec le désir, avec la peur, avec la jalousie, etc... et des émotions qui paraissent très abstraites, en fait on leur trouve des localisations dans le corps. Je ne dis pas que ce soient des localisations à chaque fois complètement différentes; entre jalousie et colère par exemple il y a chevauchement entre les deux émotions. La jalousie c'est de la colère contre le succès de quelqu'un d'autre et probablement, corporellement, il y aura des zones similaires. Aussi on peut changer la base de ses émotions avec cette méthode. Supposez, en fait c'est une réalité, je vous l'explique clairement, la colère par exemple, fait serrer la main. Donc en serrant la main, on stimule tous les muscles qui sont à l'intérieur de l'articulation bras. Supposez maintenant qu'on est dans l'inverse de la colère, on pourrait dire, c'est la patience, le don, on est capable de donner quelque chose, à ce moment-là, ça veut dire le geste inverse, la main qui s'ouvre. Donc pour ouvrir la main vous stimulez tous les muscles qui sont au dos de l'avant-bras et donc vous vous mettez à sentir le dos de l'avant-bras quand vous êtes relié à l'émotion du don. Si vous voulez changer l'émotion de colère en émotion de patience, de don, de générosité, il faudra apprendre à faire passer les sensations de l'avant à l'arrière, de la main à l'avant-bras. Ça c'est la méthode de base.

 

De même qu'on a des mouvements agonistes et antagonistes, de même on a des sensations agonistes et antagonistes. Quand vous faites ce mouvement de serrer le poing, donc vous contractez l'avant de l'avant-bras mais à l'arrière, il faut que ça soit relâché, sinon vous resteriez comme ça et vous ne pourriez ni ouvrir ni fermer. C'est toujours agoniste et antagoniste quand on serre les muscles pour faire un mouvement dans un sens; les muscles qui correspondent au mouvement complémentaire se détendent. De même si on a une émotion de colère, ça stimulera la peau d'un côté et ça fera un trou sensitif de l'autre côté. Donc les sensations aussi marchent par agonistes et antagonistes, et par exemple supposez, c'est une plainte quasiment constante des patients que l'on voit en psychiatrie, ils disent : j'ai de l'anxiété, j'ai un nœud ici et un nœud ici. Donc comment défaire ça, on va jouer sur les sensations agonistes et antagonistes et on leur dira par exemple, concentrez-vous au niveau des omoplates; à ce moment-là, ils s'apercevront déjà qu'ils ont du mal à sentir les omoplates parce que le courant des sensations est en quelque sorte dérivé dans ces deux canaux, un au niveau de la gorge et un au niveau du plexus. Et s'ils réussissent à la longue à sentir bien les omoplates, c'est comme un canal qu'on dévie et l'eau ira dans les omoplates et ça décongestionnera la gorge et puis le plexus. Donc ça, c'est une base de travail sur les émotions et c'est très puissant. Evidemment, il faut du temps pour mettre ça en route, mais une fois qu'on a compris le système, ça peut vraiment aider. Voilà donc pour faire le lien entre Vipassana et ce qu'on dit dans le yoga, c'est assez simple. La plupart des émotions négatives, ça nous rétracte, la peur, la colère, l'inhibition, la dépression, le chagrin, tout ça, on a tendance à se rétracter contre soi-même. La colère, c'est particulier, on a plutôt tendance à se cabrer vers l'arrière, mais en général, les émotions négatives, peur, chagrin, dépression, déception, ça amène à nous rétracter vers nous-mêmes; ça c'est un réflexe extrêmement ancien, évolutivement. Je ne sais pas si vous avez essayé de chatouiller un petit vermisseau qu'on voit par terre, immédiatement dès qu'il se sent touché ou menacé, il se met en boule. Lui aussi quand il a un stress, une peur, il commence par se recroqueviller sur lui-même. Donc on travaille beaucoup là-dessus en méditation; des milliers de fois on se recroqueville sur soi-même et des milliers de fois, on développe une capacité de se redresser, de revenir à la rectitude. Et la rectitude, c'est beaucoup plus qu'une attitude physique, c'est aussi une activité morale, une qualité morale et les deux sont liées, la rectitude de la position pendant la méditation et la rectitude dans la vie courante; à force de travailler sur la rectitude physique, on réussit à développer une rectitude mentale. On pourrait dire pour faire une formule, déplier le corps pour déplier l'âme. Quand on déplie le corps, on sent vraiment à la longue que l'âme aussi se déploie. A propos de déplier, de décoincer, il y a aussi une méthode très puissante du yoga - là je vais peut-être un peu trop vite. Je voudrais terminer avec cette notion des sensations, si le chagrin, la dépression, l'anxiété régulièrement nous amènent la sensation à la face antérieure du tronc, la manière de guérir tout ça, de sortir de la souffrance sera d'amener l'énergie dans le dos; et souvent aussi l'énergie part sur les côtés. Quand on craque, on part sur le côté, on dévie en quelque sorte et à ce moment-là pour retrouver la voie droite, retrouver son centre, il faudra ramener les courants de sensations à l'intérieur du dos, dans l'axe central. Et donc on retrouve ce qu'on dit en yoga, ramener tous les courants de sensations dans le dos, la shusumna, l'axe central, et ensuite faire monter au 3ème œil. Alors pourquoi faire monter? Finalement, c'est assez évident; tout le monde sait que quand on a des émotions instinctuelles, primitives comme la nourriture et le sexe, ça descend et même la colère. Il y a des expressions familières que je ne vous citerai pas et qui sont pas mal par-dessous, et donc la colère aussi c'est un coup de notre bassin, un coup au niveau inférieur. Donc en yoga, on cherche constamment à faire monter jusqu'au 3ème œil. Et quand même en sentant la base, donc on transforme l'énergie. Alors en Zen, on travaille sur le hara, en dessous du nombril; donc il y a déjà une première montée par rapport à la zone sexuelle et puis aussi on travaille beaucoup sur le fait de creuser les reins. En creusant les reins, on amène l'énergie de l'avant vers l'arrière et à ce moment là, du point de vue du yoga, ça permet qu'elle aille de l'axe médian à la colonne vertébrale. Et puis après en Zen aussi, rentrer le menton, rentrer la nuque, donc ça permet de continuer à faire monter l'énergie à travers la nuque et l'occiput; et puis on dit, poussez la terre avec les genoux, poussez le ciel avec la tête et donc en poussant le ciel avec la tête, ça amène l'énergie au-dessus.

 

Hakuin, le maître Zen qui avait eu quelques problèmes de réputation avec cette histoire d'enfant qu'on essayait de lui faire assumer, disait quelque chose de très simple dans une lettre à un de ses disciples; il disait : imagine que tu rassembles tous les sutras bouddhistes, tous les enseignements dans un petit œuf de caille; cet œuf de caille, mets-le sur le sommet de ta tête et ensuite prends ta posture et essaie de ne pas bouger pour que l'œuf de caille reste en équilibre au-dessus de ta tête. Et donc il revient à ce qu'on dit en yoga; on dit qu'il y a un lotus aux 1000 pétales sur le sommet de la tête et qu'il faut essayer de le faire s'épanouir. Donc c'est une gestion du corps subtil qui permet de faire évoluer l'individu. En psychopathologie, ou dans les émotions habituelles, il y a aussi une montée de l'énergie, mais elle part de travers. Quand on est en colère, on dit « la moutarde me monte au nez »; quand on a honte, on dit « le rouge me monte au front »; quand on est timide, on a peur aussi que le rouge monte au front. Donc, il y a aussi une montée de l'énergie, mais elle ne va pas vraiment vers le sommet de la tête, elle va dans le visage, elle se perd dans le visage. Quand on est en colère aussi, on serre souvent la mâchoire, donc elle va dans la zone inférieure du visage, alors qu'avec le yoga, on cherche plutôt à aller dans la zone supérieure du visage. Il y a une énergie qui monte aussi, mais elle va de travers. Vous savez sans doute qu'en psychiatrie le mot hystérie vient du grec utérus, et donc les Grecs pensaient que ces crises émotionnelles chez les femmes, chez les jeunes femmes en particulier, venaient du fait que l'utérus leur montait à la tête. Mais au fait, du point de vue énergétique yogique, ce n'est pas si bête que ça, il y a vraiment une énergie qui monte à la tête, qui monte de travers et qui donne des perturbations psychiques. Il y a même quelque chose dont il faut parler, pour être complet, c'est très important, c'est la notion de loi juste, de dharma. On cherche très souvent en psychologie à s'intéresser à ce qui se passe à l'intérieur de l'individu, et on laisse tomber le côté de ses actions parce que ça fait trop moralisant, ça fait trop curé. On dit : « qu'est-ce que tu as fait de bien, de mal ? ». Mais au fait, ça reste très important, bien que la psychologie essaie de se séparer de la religion; au fait il faut trouver un juste milieu entre les deux, et les actions qu'on a faites sont très importantes pour déterminer notre état mental actuel, notre état de dépression, de dynamisme actuel et il faut savoir donc corriger ses actions passées pour créer du bon karma, créer de bonnes actions pour remonter l'image de soi; et des tas de problèmes psychiques seront résolus.

 

(à suivre)

 

------------

 

Source texte : VIGNE Jacques. Conférence : sortir de la souffrance [en ligne] (page consultée le 19 juillet 2011). Adresse URL : http://amis.univ-reunion.fr/amis/index.php?option=com_jevents&task=icalrepeat.detail&evid=350&Itemid=83&year=2006&month=03&day=07&title=sortir-de-la-souffrance&uid=93cf60a1fd51491097c2677c27f38058

Source image originale : http://www.flickr.com/photos/fotones/375693086/in/photostream -

Photo de Paco Flores dit Robot Monster

Contrat Creative CommonsCe(tte) oeuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 France.

Repost 0
21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 06:15

SORTIR DE LA SOUFFRANCE - (3/5)

Conférence de Jacques Vigne

donnée le 7 mars 2006 au Centre Culturel Alpha

 

-------------

 

Et aussi un autre problème avec la souffrance c'est que paradoxalement on peut y prendre plaisir; il y a une accoutumance à la souffrance. Salingman était un grand psychologue américain, d'ailleurs il est peut-être encore en vie, et il a fait une expérience très simple : il a mis un chien dans une caisse. Le fond de la caisse était une plaque métallique; le dessus de la caisse était une vitre et là, c'est évidemment un peu cruel, il donnait des petites décharges électriques au chien, qui sautait en l'air et voulait s'extraire de cette maudite caisse; et il essayait de sauter en dehors et il se cognait la tête. Et donc, au bout de plusieurs fois, il a compris qu'il y avait une vitre au-dessus et il a arrêté de sauter et il supportait les petites décharges électriques. Bon, il geignait un peu, il n'était pas très content, mais il supportait parce qu'il avait vu qu'il n'y avait pas de sortie, et discrètement, l'expérimentateur a retiré la vitre et a continué à donner des décharges électriques. Et comme le chien avait été conditionné à souffrir, il ne cherchait plus la porte de sortie, C'est plus qu'une expérience, à mon sens, c'est un symbole de la condition humaine; on a des problèmes dans notre enfance, il y a des circonstances familiales spéciales qui ont causé des souffrances, mais finalement, quand on est à l'état adulte, on ne pense plus à sortir de ces souffrances parce qu'elles sont inscrites en nous. On a développé une addiction, une accoutumance à ce genre de souffrance et on est dans la compulsion de répétition, on recommence les mêmes situations indéfiniment. Alors, quand on connaît la psychopathologie, la psychiatrie, c'est très spectaculaire, la manière dont les gens recommencent exactement les mêmes souffrances, soit celles qu'ils ont eues dans leur enfance, soit les souffrances des générations antérieures.

Voici le cas d'une personne que j'ai connue, qui était venue à un de mes stages, et après j'étais encore en contact avec elle, j'ai suivi son histoire. Sa mère s'était suicidée en se jetant sous un train, à l'âge de 34 ans. Elle paraissait aller assez bien, avant l'âge de 34 ans, quelques mois avant elle s'est mise vraiment à s'emmêler les pinceaux dans son propre esprit, elle faisait une sorte de thérapie, elle a arrêté parce que ça ne marchait plus, et 3 jours avant l'anniversaire de 34 ans, elle est tombée en dépression et s'est arrêtée de travailler. Et quand je lui ai dit, mais regarde ta mère, à 34 ans, elle s'est suicidée sous un train, est-ce que tu ne crois pas que toi à 34 ans, tu as peur que ça recommence, tu rejoues cela. Elle disait "non, non, c'est des conneries ce que tu racontes" et en plus, elle était thérapeute ... Donc quand on est pris dans une répétition, ce qu'il y a de très frappant, c'est qu'on ne s'en aperçoit pas et à ce moment-là on se fait embobiner dans cette répétition et, il y a pas mal de gens qui disent, on peut avoir toutes sortes de désirs, y compris les gros désirs, l'important c'est qu'on en soit conscient. Et là, en tant que psy, je ne suis pas d'accord, parce que la nature du désir c'est justement d'aveugler la conscience. C'est prouvé dès le premier âge: quand on prend un nourrisson en train de téter, il ne voit plus et il n'entend plus. Alors que dans un état normal, on fait « gouzou, gouzou » et il tourne la tête, ou alors on fait un petit bruit, il tourne parce qu'il entend. Quand il est en train de téter, on peut faire ce qu'on veut, lui il tète, et l'important c'est le sein de sa mère; il ne verra rien en dehors. Et quand on est adulte, on reste finalement nourrisson, quand on a de gros désirs, à ce moment-là, on oublie tout pour suivre ces gros désirs et finalement ça nous aveugle. Pour en revenir à Salingman, qui avait fait cette expérience à l'accoutumance à la souffrance chez le chien, ensuite il est devenu président d'une association de psychothérapeutes aux Etats-Unis et dans son discours d'ouverture, il les a attrapés. Il leur a dit : regardez les chiffres, on a fait 30 000 études sur la dépression et on n'a fait que 300 études sur le bonheur. Qu'est-ce qu'on cherche? A tourner toujours dans la dépression ? Ou est-ce qu'on cherche à rendre les gens heureux ?


Ça, c'est très important, et il faut prendre au sérieux la perspective du Bouddhisme et de l'Inde, qui disent que la base de notre mental, c'est être conscience et félicité, c'est ce qu'on dit dans le Vedanta et l'Hindouisme ou alors dans le Bouddhisme tibétain, c'est vacuité, claire lumière et félicité de nouveau. La vacuité correspond à l'être, c'est ce qui n'a pas de forme, et puis la claire lumière, ça correspond à la conscience et donc il y a cette base de bonheur qui est en nous et il faut tout le temps revenir à cette base dans la perspective spirituelle de l'Inde et dans le Christianisme; ils ont plus ou moins la même idée, quand ils disent qu'on a un héritage divin, qu'on est les fils de Dieu; on a un fond de bonheur qui est en nous et c'est un peu comme l'eau dans un étang, mais par-dessus il y a des herbes aquatiques qui sont emmêlées, et ça c'est notre mental.

 

Ce qu'on dit dans le Vedanta, c'est qu'on peut pousser d'un seul bloc les herbes aquatiques pour voir l'eau tranquille qui est par-dessous, c'est à dire le Soi qui est par-dessous. Dans le Vedanta, c'est repousser d'un seul coup le mental ; dans la psychologie habituelle on dit qu'il faut démêler le mental, fibre par fibre, mais dans le Vedanta, on explique des méthodes pour repousser d'un seul bloc. On ne peut pas dire que ça se fasse instantanément, c'est quand même l'esprit du vedanta; un grand sage de l'Inde disait : quand vous jetez une poubelle, vous n'allez pas analyser, ça c'est la peau des bananes, ça c'est le marc de café, ça c'est la pelure de pomme, non, vous jetez tout d'un coup. Et il dit, le Vedanta c'est pareil, vous apprenez à vous débarrasser du mental d'un seul coup d'un seul. Alors on peut se dire, comment faire? Ça c'est toute la Sadhana du Vedanta, on étudie les textes, on réfléchit dessus, on médite dans ce sens-là, et petit à petit on développe cette capacité. Alors pour parler un peu des Bouddhistes, il y a Matthieu Ricard qui a passé longtemps en milieu purement tibétain. Il a éprouvé le besoin d'écrire un bouquin pour les Français. Je crois que le titre c'est « Une philosophie du bonheur » et donc il a mis le doigt directement sur l'importance de poser la question du bonheur, et en tant que tel, pas simplement comme l'inverse de la dépression; de la psychopathologie, mais le bonheur en tant que tel, comment est-ce qu'on peut le développer positivement? Il y a aussi Thich Nhat Hanh, notre maître vietnamien qui vit souvent au village des Pruniers en Dordogne, non, c'est plutôt Lot-et-Garonne; à propos des voies spirituelles, il dit quelque chose de très simple : si vous pratiquez une voie spirituelle et qu'elle ne vous rend pas heureux, changez-en. Il faut que ça marche, les méditations, les pratiques spirituelles, c'est fait pour être efficace; si vous sentez que ça ne vous réussit pas, ce n'est pas forcément la faute de la voie spirituelle, ça peut être que vous n'êtes pas en phase avec cette voie spirituelle à ce moment-là, et il faut en essayer une autre. Le propre de ces voies spirituelles, c'est le bon sens du Bouddha, c'est de nous tirer de la souffrance, il faut que ça marche, sinon il ne faut pas hésiter à aller voir ailleurs...

 

(à suivre)

 

---------------

 

Source texte : VIGNE Jacques. Conférence : sortir de la souffrance [en ligne] (page consultée le 19 juillet 2011). Adresse URL : http://amis.univ-reunion.fr/amis/index.php?option=com_jevents&task=icalrepeat.detail&evid=350&Itemid=83&year=2006&month=03&day=07&title=sortir-de-la-souffrance&uid=93cf60a1fd51491097c2677c27f38058

Repost 0
20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 05:41

SORTIR DE LA SOUFFRANCE - (2/5)

Conférence de Jacques Vigne

donnée le 7 mars 2006 au Centre Culturel Alpha

   

-------------


Roue_du_samsara-copie-2.jpg

Une autre définition du yoga qui permet de voir comment cela s'articule avec la souffrance  « Karmasu Kosalam », l'habileté dans les actions. Si on est idiot dans les actions, on se prend des claques et c'est une source de souffrance. Et donc, la Bhagavad-Gita dit : soyez habiles dans les actions, soyez intelligents dans l'action pour que ça puisse marcher, pour ne pas prendre des claques à chaque coin de rue, et cela aussi vous évitera la souffrance. Ça paraît du bon sens mais cela donne des idées pratiques pour faire une vie qui vous donne de la joie et qui ne provoque pas des souffrances. Dans la Bhagavad-Gita, chap. II, un passage très connu : quand on est dans le contact avec un objet, il se crée un attachement. De l'attachement vient la colère, parce que si vous êtes attaché à un objet et que vous ne pouvez pas l'avoir, ça provoque une colère. De la colère vient la confusion du mental, et de cette confusion vient la perte de la mémoire, et à la fin l'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère, de la perte de la mémoire vient la destruction. Toute une psychologie qui montre comment on passe de désirs qui paraissent anodins, je ne parle pas des besoins, mais des choses qui sont inutiles, mais dont on a quand même envie; ça crée ce lien entre association qui crée frustration, colère, confusion, perte de la mémoire et destruction. Dans le Bouddhisme aussi, on dit ça. D'après le Bouddha, le centre de la roue du monde, du samsara, c'est le désir. Il explique à peu près le même processus qui mène aussi de façon ultime à la renaissance. On dit en Inde que si on meurt avec des désirs, on renaîtra en fonction de ces désirs. Le dernier désir au moment de la mort est un tremplin qui nous envoie dans une direction donnée, puis le missile va dans cette direction donnée par le tremplin et ensuite on se réincarne; alors on peut dire que c'est facile, il suffit d'avoir un bon désir au moment de la mort, mais justement au moment de la mort on n'est pas dans un état brillant et ce qui remonte ce sont les désirs profonds, ceux sur lesquels on n'a pas travaillé, et si on a vraiment travaillé sur ces désirs, à ce moment-là, on peut en être libre, sinon ces désirs profonds remonteront et ça nous orientera vers une nouvelle réincarnation qui ne sera pas forcément fameuse. Il y a toute une sagesse. En philosophie aussi, on parle de l'importance de savoir se détacher des désirs et c'est ce qu'on appelle le travail de deuil. Le deuil ce n'est pas simplement quand on a perdu quelqu'un d'aimé, mais ça peut être par exemple, n'importe quel objet de désir : on était attaché à une image sociale et puis on a des problèmes, on est accusé faussement et le monde vous laisse tomber; là il faut faire un travail de deuil, parce qu'on avait ce désir d'avoir une bonne image sociale et après on tombe à zéro, et la plupart des gens sont très perturbés.

 

A ce propos, il y a une histoire très jolie, une histoire de Hakuin qui était déjà un grand maître Zen et commençait à être connu comme maître Zen et avait de plus en plus de disciples, et un jour le poissonnier du village et sa femme sont venus, furieux contre lui. Et il leur demande ce qui se passe, le poissonnier lui dit : « tu sais très bien, espèce d'imbécile »; et il répond : « non, je ne sais pas ». « C'est toi qui as fait un enfant à notre fille de 16 ans. Et maintenant tu vas voir, quand elle va accoucher, c'est toi qui vas devoir t'occuper de l'enfant, et tu vas prendre tes responsabilités ». Alors, Hakuin a juste dit : « Ah oui ».et puis il s'est occupé de l'enfant comme un père; il a pris une nourrice parce que les parents ne voulaient plus qu'ils se revoient, jusqu'à ce que l'enfant ait atteint l'âge de 2 ans. Et alors il a vu les parents revenir, la queue entre les jambes, et ils ont dit : « Excuse nous, au bout de 2 ans la fille s'est repentie, car elle voulait revoir son enfant et a dit que c'est le fils du boulanger qui avait fait l'enfant." Très confus les parents sont donc venus en s'excusant et en lui demandant de rendre l'enfant et Hakuin a juste dit : « Ah oui », et il a rendu l'enfant. C'est une histoire typique, être au-delà des contraires, inutile de dire qu'après ce scandale tous les disciples l'avaient laissé tomber, mais Hakuin ne s'était pas défendu, il avait juste dit : « Ah oui.. Ah oui .. Ah oui .. » et puis il a rendu l'enfant. C'est bien l'idée de l'Inde et ensuite ça s'est exporté avec le Zen au Japon, d'être au-delà des contraires. Il ne cherchait pas spécialement la famille, mais quand la famille lui est tombée dessus, il n'a pas cherché à s'en tirer et ensuite il a été très honoré comme maître Zen et il n'a pas cherché non plus à s'en tirer, il était juste au-delà de tout ça. Toujours la même chose, parce que quand on cherche une polarité, on vit en permanence dans la peur que l'autre polarité vous tombe dessus. Je me souviens d'un ambassadeur de l'Inde, comme je ne dis pas son nom, c'est pas grave; je le connaissais et on avait un peu parlé, et visiblement sa terreur était d'avoir un entrefilet fielleux dans « Le Monde », et une fois c'était arrivé et il était fou furieux, très perturbé, parce qu'il y avait eu trois lignes où on se moquait un peu de lui dans le journal « Le Monde ». Chacun a ses trucs, comme en tant qu'ambassadeur il voulait une reconnaissance sociale, s'il y avait la moindre petite chose qui faisait une égratignure à la reconnaissance sociale, il était complètement perdu. Ça, c'est être dans les contraires. La première vérité du Bouddha, donc, c'est la souffrance. On peut dire que c'est un truisme. Il suffit de regarder les actualités pour être sûr qu'il y a la souffrance. Mais au fait c'est plus compliqué que ça. On a beaucoup de souffrance en nous qu'on ne veut pas reconnaître. Et pour ça les psy insistent là-dessus. Par exemple il y a des gens qui ont des problèmes psychiques, la plupart du temps, ils ne veulent pas le reconnaître et ça complique, c'est à dire qu'ils ne peuvent pas trouver la voie hors de leurs problèmes psychiques, parce que tout simplement ils ne veulent pas voir où est le problème...

 

(à suivre)

 

---------------

 

Source texte : VIGNE Jacques. Conférence : sortir de la souffrance [en ligne] (page consultée le 19 juillet 2011). Adresse URL : http://amis.univ-reunion.fr/amis/index.php?option=com_jevents&task=icalrepeat.detail&evid=350&Itemid=83&year=2006&month=03&day=07&title=sortir-de-la-souffrance&uid=93cf60a1fd51491097c2677c27f38058

Source image originale : http://sangharime.com/ed/index.php?title=Fichier:Roue_du_samsara.jpg

Repost 0
17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 12:15

SORTIR DE LA SOUFFRANCE - (1/5) :  

compréhension profonde et moyens pratiques

pour inverser le processus de souffrance 

  - Conférence de Jacques Vigne

donnée le 7 mars 2006 au Centre Culturel Alpha

 ----------------

 

L'être humain, au fond, fonctionne mentalement comme un enfant qui essaie d'embrasser son image dans un miroir sans réaliser qu'il s'agit de lui-même. Il cherche son bonheur en l'associant faussement à toutes sortes d'objets, voire de gadgets extérieurs. La psychologie moderne bien comprise, et surtout le Yoga et la sagesse de l'Inde, donnent une compréhension profonde et des moyens pratiques pour inverser ce processus.

 

Reflet-dans-l-eau-copie-1.jpg La souffrance enveloppe toutes les élaborations mentales qu’on fait autour d’une douleur physique. Beaucoup à dire en médecine et en psychologie. Pour prendre un exemple précis, quand on fait des expériences sur les médicaments antalgiques, si moins de 50% ou 50% des gens sont améliorés par le médicament antalgique, mais pas plus, on pense que c’est l’effet placebo. C’est cet effet placebo qui peut faire diminuer la douleur. La souffrance évoque les anxiétés qu’on met autour de la douleur physique : devrai-je être opéré? Est-ce un cancer? Aurai-je de quoi payer les médicaments? Etc... Tout cela forme la souffrance humaine et tout le côté psychologique. La douleur ou la souffrance, cela permet de faire un éveil spirituel.

 

On peut commencer par une histoire zen que j’aime bien et qui va dans le vif du sujet. C’est un chercheur spirituel, un jeune moine, qui veut aller voir un maître dans la montagne, il a entendu dire que c’était un grand maître. Donc il y va, il frappe à la porte, le maître entrouvre la porte, le voit, le regarde des pieds à la tête et lui ferme la porte au nez. L’apprenti disciple est très vexé, blessé d’avoir fait tout ce chemin pour se faire fermer la porte au nez. Il redescend le petit sentier de montagne et comme souvent, quand on est en colère, il fait moins attention où il met les pieds et crac, il se cogne le petit doigt de pied sur une pierre bien aiguë. Ça lui fait un mal de chien. Et l’histoire dit qu’à cause de ce mal de chien, il a eu le « satori », l’éveil immédiat. (Rire) Cette histoire est très belle parce qu’il y a à la fois la combinaison de deux facteurs. Il y a une douleur physique à laquelle on ne s’attendait pas, et en général quand on a mal, on espérait toujours ne pas avoir mal et puis une influence spirituelle, l’influence du maître et les deux combinés, ça peut donner un éveil. Même si on n’est pas dans une relation de maître à disciple, le fait d’avoir des notions de vie spirituelle, ça aide à faire quelque chose d’utile avec la douleur.

 

En général, on ne rentre pas comme ça sur la voie spirituelle, il faut quelque chose qui vous pousse, un aiguillon, un peu comme l’éperon pour le cheval qui l’oblige à avancer et donc, ça peut être toutes sortes de choses. J’avais une conversation avec une Anglaise qui était venue en Inde à 19 ans et qui avait rencontré son maître sur les bords du Gange et qui était toujours là à l’âge de 50 ans, qui avait fait beaucoup de sadhanas ; on peut dire qu’elle était réellement avancée spirituellement. Quand elle parlait de son enfance, elle m’a dit, cela m’a frappé, « j’ai eu des souffrances dans mon enfance » ; puis elle s’est reprise et a dit : « non, au fait j’ai eu une adolescence tout à fait normale avec des petites déceptions. » Mais elle a réfléchi profondément sur ces petites déceptions et cela l’a mise sur la voie spirituelle, ou en regardant la télé, elle ne s’est pas dit, bon, on va continuer comme ça, on va chercher d’autres aventures ou se distraire en s’amusant ou en regardant la télé ou en faisant des jeux informatiques comme de nos jours, non, elle s’est dit il faut aller profondément. Qu’est-ce que c’est que la vie ? Pourquoi ai-je eu ces petites déceptions, ces problèmes de famille etc…Pourquoi ça ? Et en allant profondément, finalement elle a développé un sens spirituel qui s’est confirmé en Inde, elle a médité longtemps aux sources du Gange et maintenant elle est toujours sur les bords du Gange et beaucoup de gens viennent la voir pour lui demander des conseils.


Alors donc, ce qu'il faut comprendre, dans l'Orient et dans l'Inde en particulier, c'est que le bonheur est notre vraie nature. C'est affirmé de façon très solennelle dans la Taityria upanishad, c'est un texte très ancien, probablement écrit dans le sud de l'Inde, il y a la deuxième partie de cette Upanishad, qu'on appelle « Anandavali », « vali » ça veut dire partie et « ananda » ça veut dire félicité; et dedans on explique très clairement qu'au début, il y avait une masse de bonheur, et l'auteur pose cette question : qui vivrait, qui respirerait s'il n'y avait pas cet « ananda », cette félicité dans l'air? Donc pour ces mystiques très directs des Upanishads, cette félicité est répandue dans l'air et c'est elle qui nous permet de vivre, elle qui nous permet de nous développer. Et récemment, j'étais à Chennai, donc Madras, avec Desikachar, j'accompagnais un groupe là-bas, je les aidais à traduire aussi d'anglais en français, un groupe d'amis qui font du yoga avec Desikachar, c'est un professeur de yoga très connu, dans une tradition du sud de l'Inde, et on l'a vu une heure au début, il a présenté l'enseignement et il insistait sur le fait qu'on faisait du yoga pour être heureux, il est revenu à cet ananda et cela m'a fait rappeler que cet upanishad avait été écrite dans le sud de l'Inde, donc c'est toujours la même tradition qui continue 2500 ans plus tard, on revient à l'essentiel, donc à cette félicité.


Au fait on cherche tous le bonheur, mais on ne prend pas le bon chemin. Il y a une image que j'aime bien, qui est très simple, c'est celle de l'abeille. Vous avez vu l'abeille ou la guêpe, elles veulent aller vers les fleurs qu'elles voient dans le jardin quand elles sont à l'intérieur de la maison, mais elle se butent sur une vitre fermée, et même si la porte est ouverte, elles n'auront pas l'idée de battre en retraite, d'aller un peu de côté et passer par le porte grande ouverte pour pouvoir butiner les fleurs; au contraire, elles buteront toujours sur la même vitre et finalement elles mourront et on les trouvera le lendemain, mortes au pied de la vitre, si on ne pense pas à les libérer. Et ça, c'est le bon exemple de notre mental, on cherche le bonheur et c'est tout à fait juste de chercher le bonheur, mais comme on a une idée qu'il faut aller dans un certain sens, eh bien on bute sur une vitre et on n'y arrive jamais et à la fin on meurt, on se retrouve au pied de la vitre, sans avoir atteint ce bonheur, Et ce que dit l'Inde et le Bouddhisme aussi, c'est qu'il faut savoir battre en retraite, aller un peu de côté, passer par une porte grande ouverte pour arriver dans le jardin. Voilà, dans la Bhagavad-Gita on parle aussi beaucoup de la souffrance et comment s'en libérer, et on définit le yoga comme « dukham viyoga » en faisant un jeu de mots en sanscrit : yoga = union, viyoga veut dire séparation et dukha, ça veut dire souffrance. Cette souffrance au sens large est à la base de l'expérience humaine, et ça veut dire : la séparation de la souffrance; on a des causes de souffrance et avec le yoga on trouve le moyen de s'en séparer. Vous savez sans doute que le Bouddhisme aussi est fondé là-dessus. Le Bouddha a enseigné la souffrance et la voie hors de la souffrance, ce qui faisait dire à Nietzsche que le bouddhisme était la seule religion rationnelle de l'humanité puisqu'il parle d'une expérience que tout le monde a; même les enfants dans un cocon, d'une manière ou d'une autre, ils trouveront la souffrance sur leur chemin. Donc, il faut se demander quelles sont les racines de cette souffrance, chercher les remèdes et finalement se libérer de cette souffrance. Une autre définition du yoga c'est « samatvam », l'équanimité, l'égalité vis-à-vis de la souffrance et du plaisir, des émotions positives et négatives et ça on en reparlera quand on parlera de la méditation vipassana qui peut aider à aller au delà de la souffrance et du plaisir, car en psychologie populaire on se dit : je ne veux pas la souffrance, je ne veux que la joie, le plaisir, et en Inde on dit : c'est comme les deux faces de la même pièce et donc il faut aller au-delà, sinon quand on a un peu de plaisir, on a toujours la peur de la souffrance qui peut venir. Donc ce n'est pas une joie pure, c'est un plaisir avec de la peur autour...

 

(à suivre)

 

--------------

 

Source texte : VIGNE Jacques. Conférence : sortir de la souffrance [en ligne] (page consultée le 19 juillet 2011). Adresse URL : http://amis.univ-reunion.fr/amis/index.php?option=com_jevents&task=icalrepeat.detail&evid=350&Itemid=83&year=2006&month=03&day=07&title=sortir-de-la-souffrance&uid=93cf60a1fd51491097c2677c27f38058

Source image originale : http://www.flickr.com/photos/xyotiogyo/1356081311/ -

Photo de Romain

Contrat Creative CommonsCe(tte) oeuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage à l'Identique 2.0 France.

Repost 0
14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 07:26

Jacques Vigne donne ici quelques conseils pratiques, sur la pratique et à l'attention des thérapeuthes. Mais tout un chacun sera aussi prendre ses conseils pour soi...

 

jacques-vigne--2--copie-1.jpg"Nous arrivons à la conclusion de cet article – pour le lire en entier, cliquez ici - sur la manière dont la sagesse peut soulager, voire guérir la souffrance psychotique. C'est le moment d'insister sur l'importance de la pratique pour les thérapeutes qui veulent avoir une approche spirituelle de la psychose. Il ne s'agit pas de devenir moine ou ermite dans une grotte, mais d'avoir l'habitude de s'asseoir régulièrement, peut-être deux fois par jour, et de faire dès que possible des périodes de retraite où l'on essaie d’être assis en méditation pendant le plus clair de la journée. Lire seulement deux ou trois livres de mystiques qui racontent leurs expériences et ensuite écrire soi-même un article ou un livre dessus en jargon psychanalytique ne fera pas l'affaire. C'est essayer de se faire croire qu'on peut tout comprendre avec des instruments intellectuels tout à fait inadaptés, et, surtout, sans pratique spirituelle personnelle. C'est aussi essayer de monter au sommet de la montagne mystique en traînant au pied le gros boulet de la psychopathologie. Si tant est qu'on réussisse même à commencer la montée, il y a toutes les chances de rechute en chemin. Je pensais déjà cela lorsque j'ai commencé à m'intéresser sérieusement à ces questions-là, avant même de débuter les études de psychiatrie il y a un quart de siècle, et je le pense doublement maintenant.

Rappelons les bases d'une pratique spirituelle : une compréhension large du pourquoi de l'effort d'intériorisation, l'entraînement à la concentration, la stabilité du corps et la capacité de tenir le coup dans l'assise pendant des durées déterminées et ce de façon régulière, accompagnée de la ferme résolution d'améliorer sa vie globalement. S'asseoir régulièrement et expérimenter jour après jour par soi-même la difficulté qu'il y a à amener le mental au silence donne de l'humilité et du réalisme. On descend de son piédestal de psychothérapeute qui sait tout pour s'asseoir dans l'humilité du coussin de méditation.

En plus de cette pratique, un vrai contact avec des représentants avancés de traditions spirituelles est également important. S'il n'est pas là, les spécialistes de santé mentale risqueront fort de parler ou d’écrire sur la spiritualité de façon théorique, pour ne pas dire imaginaire. Heureusement, il y a des choses qui bougent dans ce sens, le Dalaï-lama a été invité à présider un congrès de neurosciences avec 30 000 scientifiques à Washington en octobre 2007, et il a eu toute une série de dialogues avec des savants, en particulier dans le domaine de la psychologie moderne, qui ont été publiés sous le titre par le Mind and Life Institute. (par exemple Healing Emotions).

De façon générale, il faut savoir que les théories psychologiques ont leur utilité, mais on ne doit pas croire qu'elles sont le propre de l'époque moderne, il y en a déjà eu beaucoup qui se sont succédées, qui ont eu leur heure de gloire et qui se sont évanouies comme brume au soleil. Du point de vue de la pratique spirituelle, elles n'apportent pas d'aide décisive. À ce propos, souvenons-nous, pour conclure, de cette image de Râmana Maharshi : il explique que le Soi est comme une salle immense, et que les théories psychologiques sont comme des paravents qu'on y installerait : certains préfèrent pousser ces paravents plus d'un côté, certains autres plus de l'autre, mais cela ne change rien au volume même de la salle."

Vigyânânanda (Jacques Vigne), Dhaulchina (Himlayas), novembre 2008

 

Source image : http://www.temoignages.re/petit-atelier-philo,50739.html

Source texte : VIGNE Jacques. - Ce en quoi la sagesse peut aider à sortir de la souffrance psychotique [en ligne] (page consultée le 14 juillet 2011). Adresse URL : Source image : http://www.temoignages.re/petit-atelier-philo,50739.html

 

Repost 0
26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 16:09

J.VIGNE« Après s’être d’abord passionné pour les mathématiques, Jacques Vigne s’est ensuite tourné vers des études de médecine et de psychiatrie. Il a obtenu en tant que psychiatre une bourse de recherche de la Fondation Romain Rolland et de la Maison des Sciences de l’homme pour étudier en Inde les rapports entre la guérison psychologique et l’enseignement traditionnel du yoga. Ce voyage d’étude s’est transformé en coup de coeur puisqu’il vit maintenant depuis vingt ans en Inde. Il y suit l’enseignement de Swami Vijayânanda, un français qui a été pendant trente ans le disciple de Mâ Anandamayî (jusqu’à la mort de cette dernière en 1982). Mâ Anandamayî connut un retentissement considérable non seulement dans toute l’Inde mais aussi au-delà de ses frontières et cela grâce à sa présence, son modèle de vie extrêmement simple et la qualité de ses enseignements. Actuellement, J. Vigne partage son temps entre un ashram sur les bords du Gange à Hardwar “Ashram signifie un lieu saint qui éveille en l’homme des pensées divines” (Ma Anadan Mayi) et un ermitage en Himalaya. »

Il est aussi l'auteur de plusieurs livres publiés chez Albin Michel/Spiritualités : Eléments de Psychologie Spirituelle, Soigner son âme (Méditation et Psychologie), Le Maître et le Thérapeute, Le Mariage Intérieur, La Mystique du Silence, Marcher, méditer et Cheminer, contempler.

 

 

 

--------------

 

 

Source texte : CENTRE-SAMADHI. Hatha-Yoga, corps subtil et méditation [en ligne] (page consultée le 26 juin 2011). Aresse URL : http://www.centre-samadhi.com/conference_JacquesVigne_Aix_avril09.pdf

Source image : http://www.123people.fr/s/jacque%2Bvigne&usg=__Vc32qG5tJKBy9bRP83clM8-Ce_s=&h=1600&w=1197&sz=377&hl=fr&start=11&zoom=1&tbnid=dVHsSCdiKL2XxM:&tbnh=150&tbnw=112&ei=5kAHTrqhCsbEmAWund2vDQ&itbs=1&biw=1366&bih=635

Source audio : http://www.esnips.com/doc/0436d733-8b83-446b-b814-b72fc047a642/LES-VIVANTS-ET-LES-DIEUX-09.06.2007----psychiatrie-et-hindouisme

Repost 0
12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 05:44

Il s’agit ici de la retranscription  d’un extrait  d’une interview de Jacques Vigne, menée par Marc de Smedt pour le magazine Nouvelles Clés (vous pouvez d’ailleurs écouter cet extrait en cliquant ici, à la 3.33 min). En retranscrivant cet échange, j’ai essayé de garder le plus possible la dimension orale, en sachant qu’il m’a fallu parfois reformuler  légèrement pour rendre le texte moins lourd et plus agréable à lire. Les paroles de Jacques Vigne sont très belles et expriment un aspect important de la pratique de la méditation. Je vous laisse savourer ce texte en souhaitant qu’il puisse enrichir votre pratique.

 

Jeune-indien-en-meditation.jpg

 

"Jacques  Vigne :  Il y a aussi quelque chose de très beau que disait Milarépa, il disait, « vous croyez que je suis un moine et que je vis seul,  mais au fait, j’ai ma fille ainée qui est tout le temps avec moi et cette fille ainée elle s’appelle attention. » Donc, on a une tendresse dans l’attention et si par exemple on l’applique au souffle, de même que quand vous avez votre fille,  vous ne voulez pas que ce soit un robot que vous dirigez comme une télécommande, vous acceptez qu’elle joue, que de temps en temps elle vous fasse des farces, qu’elle ne fasse pas exactement ce que vous voulez parce que vous savez que c’est le jeu de la relation, de même avec sa respiration, il ne faut pas chercher à la diriger comme un robot. Mais au contraire, à accepter qu’elle est sa vie propre, qu’elle fasse des farces, qu’elle aille avec son mouvement et à ce moment-là, on la suit avec tendresse,  parce qu’on sait que cette irrégularité, cet imprévu dans la respiration, c'est le signe même de la vie, c’est la vie qui augmente, qui s’épanouie.

Marc de Smedt : Alors, c’est à la fois une concentration, attention à la respiration, c'est-à-dire donc comme un effort et à la fois liberté et souplesse ?

J. V : Et observation ! Normalement on divise les techniques de méditation en Vipassana et en Samatha. C'est-à-dire observation et concentration, ce sont les termes pâli. Et la respiration, enfin je ne sais pas ce qu’en diront les maîtres bouddhistes, mais à mon sens, en réfléchissant, ça fait le pont entre les deux. Car pour bien observer sa respiration, il faut être concentré dessus et pour être bien concentré sur sa respiration, il faut observer tout ce qui nous distrait et donc comprendre que ce qui se passe au niveau des mécanismes mentaux qui empêchent d’être absorbé dans sa respiration."

 

 

Source texte : Retranscription à partir d'un extrait de: VIGNE Jacques. - Méditation et psychologie [document sonore]. - Paris : Nouvelles Clés, 2007, 45 mn 45.

Source image originale: http://www.flickr.com/photos/roshnii/110087684/ - Photo de Roshnii Rose

Contrat Creative CommonsCe(tte) oeuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 France.

Repost 0
9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 20:43

814540Jacques Vigne Kankhal

 

"Une fleur met du temps à s’épanouir –en silence. Il en va de même pour la partie la plus intime de nous-même. Conscience et silence riment, et c’est juste, car les deux proviennent de la même source. Avant que la fleur de notre existence sur cette terre ne fane, sachons l’offrir au Ciel en nous, c’est à dire au Témoin silencieux. L’arrêt complet du mental doit être recherché, mais il est difficile à obtenir pour plus longtemps que de brefs moments.
Cependant, on peut remplacer le bruit du monde par la méditation, la rumination de paroles de sagesse, celles qui proviennent d’ouvrages classiques ou modernes, celles qui ont été directement entendues de personnes beaucoup plus sages que nous le sommes et qui ont la saveur unique d’une relation directe, et celles qui viennent de notre propre fonds et qui sont en général recouvertes par le bruit de notre mental superficiel. Qui d ‘entre nous est tellement pris qu’il ne peut pas libérer dix minutes par jour –et un peu plus une fois par semaine- pour les offrir, comme une petite marguerite, au soleil du silence fondamental ? La fleur fragile, comme l’astre du jour, a ses rayons. Malgré leur différence de magnitude, ils se ressemblent : laissons-leur le temps de se rencontrer !"

Jacques Vigne

 

Source texte : http://www.jacquesvigne.fr.st/

Source image : http://123nonstop.com/biography/De_Vigne,_Jacques

Repost 0
Published by Les chemins de la sagesse - dans Vijayananda - Jacques Vigne
commenter cet article
12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 00:25

Voici la quarième et dernière partie de ce film consacré à Vijayananda. Bonne écoute !

 


Source : http://www.dailymotion.com/video/x9dh1w_vijayananda-un-chemin-de-sagesse-pa_news

Repost 0
Published by lescheminsdelasagesse.over-blog.com - dans Vijayananda - Jacques Vigne
commenter cet article

A Propos Du Blog

  • : lescheminsdelasagesse.over-blog.com
  • lescheminsdelasagesse.over-blog.com
  • : Un blog dédié à la recherche spirituelle et au sens sacré de la vie, à tout ce qui contribue à faire de nous de meilleurs êtres humains et à nous réconcilier avec le moment présent.
  • Contact

Citation de la semaine

banderolle-mini-ligne-de-fleurs41.gif

 

Au cœur d’un hiver, il arrive parfois qu’on oublie la Vie alors qu’elle fourmille loin des regards, en silence et en secret, dans la pudeur de Son Mystère…
Et puis, l’humain amène la couleur de son visage, comme un printemps, chaque couleur étant nouvelle…
Et la désolation se transforme en acclamation !
Berceau nouveau d’un avenir meilleur, paix espérée pour la Terre entière…
La Nature, dans sa louange silencieuse, déployant ses accents au fil des saisons…
Réapprend à l’Homme… l’Amour !
Il suffit parfois d’un seul arbre, au tronc solide et aux racines profondes, aux branches qui acclament le Ciel et embrassent la Terre comme des bras qui s’ouvrent pour accueillir l’autre…
Il suffit parfois d’un seul arbre pour réapprendre à aimer la forêt…

Michèlle, le 26 septembre 2011

 

banderolle-mini-ligne-de-fleurs41

 

Source  :  http://www.hommesdeparole.org [Phrase de la semaine]

Rechercher

Archives