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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 12:00

Le sujet des micro-pratiques a déja été traité dans un article ultérieur mais ce nouvel article sur le sujet, tiré du livre Désirs, passions et spiritualité de Daniel Odier,  se veut complémentaire et peut-être plus synthétique, allant directement à l'essentiel : comment pratiquer ? Cette pratique est assez peu connue il me semble et mérite que l'on parle d'elle,  permettant une attention tout en douceur, non forcée. Bonne lecture à chacun et bon dimanche !


"Couverture-D.Odier.jpgChoisissez chaque jour, en fonction de votre sensibilité et de votre humeur, d'entrer en communication totale avec les objets de votre désir ou plus simplement avec les états qui se présentent spontanément et qui recèlent le pouvoir de vous apporter une satisfaction que vous sous-estimez.

Dès votre réveil, entrez en conscience dans votre corps considéré comme le temple du divin, observez les modifications physiologiques (sensation de la respiration, des tensions, des battements du coeur, du flux sanguin, du diaphragme, des viscères, etc.), la mise en route du mental, le flux des sensations et des émotions. Faites cela pendant vingt ou trente secondes, comme un long travelling à l'intérieur des paysages intérieurs, puis, consciemment, retirez-vous de l'attention et revenez à votre manière habituelle de faire les choses, c'est-à-dire au pilotage automatique.

Un peu plus tard, en vous levant par exemple, portez la même attention nue et dépourvue de jugement sur les mouvements de votre corps, de vos muscles. Après quelques secondes, retirez votre attention. Un peu plus tard, vous marchez pieds nus sur le sol, soyez présents le temps de faire quatre ou cinq pas à vos pieds, à votre mouvement, à vos sensations et revenez au cours habituel des choses. Soyez présent à quelques gorgées de ce que vous buvez et revenez à l'automatisme. Ensuite, le temps de beurrer une tartine, faites ce même aller et retour à la présence. Lorsque vous goûtez votre tartine, revenez encore à la présence et relâchez.

Lorsque vous sortez de chez vous, accordez pendant quelques secondes votre attention au ciel puis, après une pause, aux mouvements de votre corps. Continuez ainsi à entrer dans la présence et à en sortir consciemment. Soyez présent à un visage, à un regard, à trente secondes d'une conversation où vous écoutez tout l'être qui vous parle et pas seulement ses mots. Si vous parvenez à cette attention légère, ouverte, dans un esprit de jeu, dégagé de toute idée religieuse ou spirituelle, vous ferez dès le premier jour une série de découvertes capitales qui vous aideront à être totalement vivant.

Qu'allez-vous découvrir de passionnant ? Vous allez voir que chaque fois que vous allez réussir à saisir la vie dans son immédiateté, votre respiration va se relâcher harmonieusement. Cette sensation va vous apporter un plaisir profond que vous allez ressentir jusqu'à l'intérieur de votre tête. Dix secondes de respiration spontanée, douce et profonde suffisent à déclencher une sorte de flot tiède et vibrant dans votre cerveau et parfois dans tout le corps.

Ensuite, vous allez découvrir qu'une vraie présence vous apporte un plaisir sans commune mesure avec l'événement. La chose la plus banale, un bol de thé, quelques pas, l'ouverture d'une porte, un regard sur le ciel peut suffire à vous rendre heureux pendant le temps de votre présence et bien après.

[...]

Cette attention à la vie telle que je viens de vous l'exposer est simple car elle coïncide totalement avec le flux rapide de l'esprit. Elle ne nécessite pas de réserver d'importante plages horaires à la pratique, elle ne nécessite l'adhésion à aucun principe, l'achat d'aucun matériel et on peut la faire n'importe où. C'est ce que dans le tantrisme cachemirien on appelle les micro-pratiques. Rien n'est plus efficace, rien n'est plus simple, rien n'est plus profond.

Que va-t-il arriver si vous décidez de pratiquer ce yoga soixante fois par jour pendant quinze secondes ? Vous allez passer quinze minutes par jour à "être". Au début, trois ou quatre minutes suffisent. Vous n'augmenterez pas la durée des pratiques mais leur nombre. Ce sera comme une sorte de jeu que vous pourrez pratiquer à l'insu de tout le monde. Vous n'aurez même pas besoin de prétendre être bouddhiste, soufi ou tantrikâ mais simplement humain, le plus naturellement du monde.

[...]

Si vous avez le goût de cette pratique et que vous persévérez quelques semaines, ou quelques mois, vous allez découvrir qu'il n'y a plus de "pratique" mais tout simplement un plaisir, un frémissement de vie incomparable. A ce moment là, vous toucherez le secret tantrique et vous irez naturellement à un plaisir de la présence de plus en plus suivi car c'est le sens profond de la vie.

Peu à peu, vous réaliserez que ce qui se cache derrière les traités les plus abrupts, la philosophie la plus sophistiquée, les pratiques les plus secrètes, c'est simplement cela.

Vous toucherez alors à la source de laquelle ont jailli toutes les voies spirituelles, toutes les voies mystiques et, en approfondissant sans cesse cette présence nue au monde, vous connaîtrez ce qu'on appelle l'éveil."

 

Source texte : Extrait de ODIER Daniel. - Désirs, passions et spiritualité. Paris, Ed. Pocket, 2000. -  L'essence de la satisfaction. - 978-2266100755

Source image : http://ololugmos.blogspot.com/2010/10/desirs-passions-et-spiritualite-daniel.html

 

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 12:29

Entretien avec Daniel Odier, propos recueillis par Marc Jaumardedaniel_odier-copie-1.jpg

 

 

Avec son livre paru aux éditions du Relié : Le Grand Sommeil des éveillés, Daniel Odier n’hésite pas à donner un coup de pied au “spirituellement correct”. Il s’attaque à la notion de “maître spirituel” et dénonce les dérives de certains systèmes conçus plus pour endormir et enfermer les gens plutôt que de les éveiller et les ouvrir.

 

 

Nouvelles Clés : Cet ouvrage polémiste voire pamphlétaire n’est pas une nouvelle gazette sur le show-business spirituel. Aucun nom, aucune prise de partie, sur telle personne ou tel lieu. 

 

Daniel Odier : C’est un cri poussé de l’intérieur et non un jugement d’un observateur extérieur. Je pense qu’il y a beaucoup d’abus dans le “business” spirituel, que la plupart des maîtres arborent un éveil de pacotille, qu’ils parlent de ce qu’ils ne connaissent pas intérieurement et profitent d’une situation propice qui est celle d’un trouble général profond sur un fond de grande souffrance. Les rares instructeurs sérieux que je connais ne prétendent pas être réalisés, ils sont vivants, simples, directs. Ils rencontrent les êtres sur un fond d’identité et non sur une différence arbitrairement codifiée sous le nom d’éveil. Mais la partie pamphlétaire de mon livre ne représente qu’un quart de ce qu’on peut y trouver : la partie la plus importante est l’enseignement de Mahachinachara, ou Grande Voie chinoise, commune au tantrisme et au ch’an (zen chinois) et restée jusqu’alors secrète car trop iconoclaste.


N. C. : Votre livre est fort, il interpelle. Mais de quel autre constat êtes-vous parti pour l’écrire ?

 

D. O. : J’ai écrit ce livre pour ceux qui cherchent et j’ai pris leur défense. Je suis parti d’un constat simple : se lier pieds et poings aux enseignants mène à la dépendance, pas à la libération. Idéaliser les “ maîtres ” nous interdit toute prise de conscience. Ne pas voir que les “éveillés” peuvent être des êtres qui connaissent encore le trouble, l’hésitation, l’absence au corps, la crainte des émotions, c’est se couper de toute chance d’atteindre une authentique présence au monde, la liberté, la fluidité.


N. C. : Il est facile de critiquer, que proposez-vous en échange ?

 

D. O. : Je n’attaque pas les “ produits ” des autres pour vendre quelque chose de plus “performant”. Je pousse les êtres à cesser de fantasmer sur les maîtres, à revenir au “Soi” qui n’a besoin d’aucun aménagement. La réalité est en nous, nous ne pouvons la toucher qu’en refusant de nous soumettre. Un maître ch’an a dit un jour à un disciple potentiel : “Tu es parfait comme tu es, il ne te reste qu’à coïncider totalement avec le monde”.


N. C. : Actuellement le tantrisme est une véritable “start up” spirituelle, et nous verrons bientôt s’afficher en grand panneau publicitaire http:\Tantra.com ! Faut-il voir dans la mode du renouveau du tantrisme un anti-dote à notre monde moderne, agité, névrosé, dispersé, plus préoccupé de conjuguer l’humain au verbe avoir qu’au verbe être ?

 

D. O. : Ce qui est enseigné aujourd’hui sous le nom de tantra est un “produit de consommation”. Pourtant, il y a dans ce courant si riche une liberté magnifique, une absence de religiosité, de dogme, de fixation spirituelle. Le Tantra est un chant à la spontanéité, on pourrait dire qu’il n’enseigne rien d’autre que la possibilité de permettre à l’être humain de fonctionner sans entraves dans l’acceptation de la réalité. C’est un courant vivant qui peut faire cesser immédiatement toute recherche extérieure, tout fantasme spirituel ; mais c’est une approche difficile.


N. C. : Quelle est l’importance du corps dans votre approche ?

 

D. O. : Totale. Il n’y a que notre mental pour se laisser séduire par les indigents qui font profession de guides. Si le corps d’un maître ne dispense pas un enseignement, ce n’est certainement pas son esprit qui peut le faire.


N. C. : Vous parlez encore de maîtres... 

 

D. O. : C’est un mot commode. Sans lui il faut recourir à des subterfuges douteux : “enseignant” ne me semble pas approprié, “ ami de bien ” est un peu pompeux, “ami spirituel”, peut-être, mais ça fait un peu langue de bois. Comme l’idée d’avoir un maître choque les Occidentaux dont l’ego surdimensionné refuse le concept alors que nous naviguons par ailleurs dans la servitude la plus totale, on ne sait guère comment définir ce rapport d’identité entre deux êtres. Ce ne devrait être rien d’autre que de l’amour, de la créativité.


N. C. : Nous craignons l’idée de nous soumettre à quelqu’un...

 

D. O. : Tant qu’on n’a pas effleuré la spontanéité, la vie sociale n’est de toutes façons qu’un rituel permanent de soumission.


N. C. : Or beaucoup de maîtres exigent discipline et soumission, deux choses auxquelles vous semblez être allergique...

 

D. O. : Ce ne sont que des enfants névrotiques en mal d’amour, des vampires, des anthropophages. La soumission n’a jamais mené personne à la libération. J’en ai vu de ces coquins pompeux qui surnagent grâce à la souffrance de leurs esclaves. Il faut ramper sur le sol pour leur adresser la parole, se soumettre à leurs caprices, s’incliner devant leur photo, écouter avec déférence leur radotage continu, subir leurs outrages. Il fut un temps où lorsqu’un maître radotait, il se trouvait quelqu’un de ses proches pour le ramener à la niche et lui fermer le clapet. Voilà ce que j’appelle un rapport sain, net et sans bavure. Un maître a besoin de travailler ; dès que ceux qui le suivent n’assument plus ce rôle créatif, ils le précipitent à la trappe du délire égotique.


N. C. : C’est une vision pour le moins originale.

 

biblio sommeilD. O. : Rien de plus classique, c’est toute l’histoire du Ch’an, du Zen et du Tantra. Ce n’est pas en cirant les pompes des indigents qui dispensent un enseignement de seconde main que vous vous sortirez d’affaire. Cessez de vivre dans la peur, de surestimer ceux que vous avez choisis, entrez dans un rapport direct fondé sur la non-différence. Observez, dites ce que vous voyez, contestez ce qui vous semble contestable. Soyez généreux, aidez les maîtres à ne pas se laisser enfermer par l’adoration aveugle dont ils sont l’objet. Pourquoi la plupart des petits maîtres ont-ils l’aspect de perroquets empaillés couverts de poussière, de petits despotes entourés d’êtres moribonds ? C’est simplement que leurs disciples ne les ont pas renvoyés aux cuisines assez tôt. Jamais un être établi dans la vérité ne s’offusquera d’une remarque, d’une attaque en règle. Les disciples clouent les maîtres dans le ciel pour les y rejoindre au plus vite. Finalement, dans ce rapport névrotique, chacun tue l’autre. Sauvez ceux que vous aimez en ne leur laissant pas une seconde de répit. Aidez les maîtres à demeurer dans la nudité, réveillez les éveillés !


N. C. : Comment concevoir qu’un guide a besoin d’être réveillé ?

 

D. O. : La libération est une longue descente vers le cœur de votre être. Observez le guide et témoignez de votre amour en l’aidant à la vigilance. Dans le Tantra et dans le Ch’an, il est entendu qu’un maître cherche toujours celui de ses disciples qui a la capacité de le dépasser pour lui donner la transmission. C’est l’unique raison de la survie des lignées qui s’étendent parfois sur des millénaires. J’ai cru observer le contraire chez les petits maîtres qui tremblent dès qu’un être authentique pointe son nez dans leur repaire. Ils ne tardent pas à l’évincer avec la bienveillante collaboration des disciples qui participent à ce grand effroi. Essayez de railler ou d’émettre un doute poli devant l’un de ces charlatans et vous verrez à quelle vitesse vous allez être éjecté du groupe. La plupart des groupes spirituels ne sont que des associations de moribonds conventionnels au langage codé. Guidés par une momie, il glissent tout droit vers le conglomérat sectaire.


N. C. : Peut-il y avoir une réciprocité totale dans les relations avec quelqu’un qui enseigne ?

 

D. O. : Évidemment, c’est la marque de tout rapport humain non névrotique.

 

Source texte : http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=749

Sources images : http://www.tantra.or.at/d_odier.htm 

                                 http://www.danielodier.com/ITALIAN/Biblio.htm

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 12:43

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"Vivre c'est comme marcher. Tu peux penser que tu marches pour aller prendre le bus par exemple. Mais si pendant tout le temps où tu marches tu pensais au bus qui va arriver, tu n'aurais pas de plaisir à marcher. Tu ne verrais pas que c'est l'automne, qu'une feuille prend de belles couleurs rouges, que le ciel est gris ou bleu, qu'un nuage a une jolie forme, que les feuilles mortes sentent bon et qu'un marron tout brillant vient de sortir de sa bogue. Tu n'entendrais pas ce que te dit un ami avec lequel tu marches. Tu ne sentirais pas sa chaleur. Tu risquerais de te faire renverser par une bicyclette ou de te cogner dans un monsieur qui promène son chien. Quand tu marches, tes sens sont en alerte, tu vois et enregistres des centaines  de choses et parfois tu as l'impression de te sentir joyeuse, simplement parce que tu es vivante, que tu respires, que tu ressens des sensations, que tes jambes bouges harmonieusement, que tes pieds sentent le sol et qu'ils s'y posent en faisant un mouvement merveilleux et très compliqué. Mieux tu te sens, plus tu peux observer comme c'est beau d'être en vie, de simplement marcher, d'entendre le chant d'un oiseau, de toucher un marron, de goûter la saveur d'une pomme, de voir les nuances d'une couleur, de sentir l'odeur de la terre, de comprendre quelque chose avec ton intelligence. Tout cela , c'est laisser l'arc-en-ciel sortir de ton coeur. La vie, ça sert à ça, à être pleinement vivant. Chaque fois que tu es triste, que tu as des soucis, essaie de voir ce qui est autour de toi, tu t'apercevras que l'arc-en-ciel est toujours là si tu sais le voir. C'est un peu comme Dieu, il aime bien se cacher partout et quand on est triste, on est comme au fond d'un puits, on ne pense pas à relever la tête pour voir le ciel lumineux."

Extrait de "Le Grand Sommeil des Eveillés" de Daniel Odier

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 17:50

De nombreux passages de cette interview ne sont pas publiés ici. Bien qu'ils soient très intéressant, j'ai fait le choix de concentrer la lecture sur l'aspect des micros-pratiques. Je vous invite à  retrouver l'intégralité de l'article sur le lien suivant  http://www.danielodier.com/FRENCH/entree_f.html  qui regorge de paroles d'une grande valeur et de découvrir le site de Daniel Odier http://www.danielodier.com/ maître dans la tradition du yoga cachemirien et du zen. Bonne lecture !

 

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La réalité quotidienne comme champ de pratique

 Contrairement aux traditions spirituelles qui encouragent la réclusion et le retranchement au monde, le centre de l’enseignement tantrique se situe dans la vie de tous les jours.

 

Oui, c’est vraiment une particularité du mouvement tantrique. Ce n’est pas un mouvement religieux contrairement à la plupart des voies mystiques mais une voie spirituelle complètement laïque. Donc les maîtres tantriques sont des laïques, des gens qui depuis toujours avaient des métiers: c’étaient des paysans, des potiers, des charpentiers, des électriciens, des institutrices, des prostitués, des brigands etc., donc des personnes qui avaient une activité sociale bien définie et qui ne l’abandonnaient pas forcément pour enseigner. Cela a donc une grande influence. Comme c’est aussi une voie qui est particulièrement non dogmatique, il n’y a pas de clergé, donc il n’y pas de politique de contrôle du clergé. Alors que reste-t’il? Il reste des individus qui s’imposent comme des maîtres, simplement parce qu’ils ont connu l’éveil et qu’ils sont dans cette tradition. Ainsi, il n’y a jamais eu cette tendance chez les tantriques à renoncer au monde et à se retirer dans les monastères. Ils ont bien compris ce phénomène d’absence à la réalité dans les quêtes spirituelles traditionnelles. Le yoga tantrique est une voie simple dans laquelle l’être humain choisit comme champ de pratique la réalité quotidienne, sans renoncer à quoique ce soit, simplement en touchant complètement le monde. Quitter quelque chose avant de l’avoir eu crée une sorte de schizophrénie, on ne sait pas où l‘on est.
Donc notre mouvement de yoga est d’entrer en contact profond avec ses émotions, sa pensée, ses ressentis corporels. Le corps a une place magnifique. Il n’est pas du tout nié. Jamais. Au contraire, nous trouvons que c’est un instrument merveilleux.

 

[...]

 

Et cela passe par les sens...


[...]

 

Notre forme de yoga nous apprend à jouir des plaisirs simples, par exemple dès son réveil à prendre conscience de sa peau, pendant sa douche à  ressentir une satisfaction profonde causée par les gouttes d’eau sur la peau, à prendre conscience de tous les automatismes. Pour parvenir à cette présence profonde, il est indispensable que notre corps, cet instrument merveilleux, soit parfaitement accordé. C’est là où intervient la sensorialité. La première étape est donc de restaurer toutes ces fonctions, de retrouver notre goût à la vie, d’être intégralement disponible à la vie, avec tous nos sens, nos désirs et passions.

 

Le désir est le mouvement de l‘univers

C’est très inhabituel que dans une école mystique ce soit le désir qui soit reconnu comme l’une de nos plus grandes forces!
Pour les maîtres cachemiriens, il est impossible de suivre une voie spirituelle en niant le désir car la moindre impulsion relève du désir: la recherche mystique part du désir, le désir de se débarrasser du désir est lui-même un désir. Pour eux, le désir est le mouvement même de l’univers. Il est l’essence même de ce qui nous donne la sensation de vie et d’intensité. Ils n’ont pas aboli le désir mais l’ont considéré sous sa forme absolue, c. à. d. sans le rendre dépendant d’un objet. Quand il y a fixation sur un objet, cela nous pousse, c’est bien connu, à désirer toujours plus, constamment insatisfaits. Le tantrique voit le monde comme désir. Chaque chose qu’il regarde ou qu’il fait le désire: l’arbre qu’il regarde le désire, l’eau qu’il boit le désire, la nourriture qu’il mange le désire. Cela change complètement le contact avec la réalité. Le désir d’être complètement présent à la vie rend merveilleuse la chose la plus banale comme une gorgée de thé, le goût du toast le matin, une fenêtre qui s’ouvre sur le ciel. Cette forme de yoga est très simple et en même temps difficile car elle est liée à l’expérience de la banalité du quotidien.

 

[...]

L’idée des micro-pratiques: simples et efficaces

Comment peut-on rendre petit à petit à ce rubis son éclat originel?

Par la pratique. Par ce que l’on appelle les micro-pratiques. Ce qui m’a toujours beaucoup touché chez les tantriques, c’est qu’ils n’ont jamais pris pour argent comptant ce que les autres disent. Ce sont des observateurs du fonctionnement de l’être humain et non des idéalistes. Ils se sont demandé: „Comment fonctionnent les émotions? Comment fonctionne la sensorialité? Comment fonctionne le désir?“ Cela leur a évité de tomber dans les pièges dans lesquels beaucoup sont tombés parce qu’il y avait toujours une sorte d’aspect scientifique de dire: „Bon, d’accord, peut-être, mais on va observer ça.“ C’est vraiment comme si tout d’un coup, ils passaient l’être humain au microscope. Cela leur a permis de trouver des solutions intéressantes, même au point de vue de la pratique. En générale, on dit qu’il faut pratiquer tous les jours de telle heure à telle heure. Les tantriques eux ont observé l’esprit. Ils se sont dit: „L’esprit est très mobile, il n’aime pas être contraint à quelque chose trop longtemps. Si on le contraint trop longtemps, il s’échappe par des imaginations, des diversions etc.“ Alors ils en ont conclu: „Si à chaque fois que l‘on passe une heure en méditation, on passe 50 minutes à cogiter parce que notre esprit s’enflamme, simplement parce qu’on l’oblige à la fixité, il faut trouver quelque chose.“ Alors ils ont eu une idée géniale, ils se sont dit: „Si l’esprit aime aller vite, on va inventer une pratique qui va vite et qui est tellement légère qu’il n’a pas le temps de se rebiffer.“ C’est comme ça qu’ils ont eu l’idée des micro-pratiques: on entre dans la pratique pendant 10, 15, 20 secondes intensément et ensuite on lâche pour revenir à ce que j’appelle le pilotage automatique, c.à.d. à notre manière habituelle de faire les choses. C’est comme si l’on prenait son mental de vitesse. Prendre 15 secondes d’espace, cela ne le gêne pas. Si l’on essaie de prendre 10 minutes, il se rebiffe aussitôt.
Il suffit de commencer par ce qui nous touche naturellement, le matin par exemple par les choses les plus simples: quelques gorgées de thé ou de café, le goût de la tartine, quelques pas dans la rue, le plaisir d’une respiration paisible. Si nous sommes dans cette présence, ne serait-ce que quelques secondes chaque jour, la dynamique de la présence gagne du terrain à chaque nouvel instant et notre vie se voit transformée.

La notion des micro-pratiques est vraiment ingénieuse parce qu’il s’agit d’entrer et de tout de suite ressortir. Alors qu’en fait on pense qu’il faudrait que l’on s’entraîne à rester le plus longtemps possible – ce qui créerait de nouveau une tension. Mais là on nous dit: „Ah mais non, au contraire, tu ressors!“
Il y a beaucoup la notion de jeu dans la tradition tantrique, c.à.d. que l’on joue avec les choses: cela va vite, on va vite, cela va lentement, on va lentement. On n’essaie pas de conditionner les choses à l‘idée de ce qu’elles devraient, selon nous, être. Il n’y a pas de représentations, donc on est obligé de communiquer avec ce qui est là. Par exemple, quand on fait Tandava, la danse sacrée de Shiva, il n’y a pas d’idée particulière, donc tu es obligé de sentir. Tu vas vers quelqu’un et tu sens ce qui se passe. C’est pour cela qu’à une personne je peux lui donner d’énormes claques sur le sternum parce que je sais instinctivement que cela va la faire respirer, une autre je vais l’enrober dans quelque chose de lent et de doux qui va la faire lâcher. Ce n’est donc pas la même chose pour tout le monde. Les micro-pratiques, c’est ça: c’est la créativité à l’état pur, dans un temps limité mais souvent.

 

De plus en plus souvent, ou peu importe?


En fait, l’idée des micro-pratiques est de faire retrouver cette évidence à ton système que la présence t’apporte plus de joie que l’automatisme. C’est aussi simple que cela. Donc si tu fais goûter quelque chose de délicieux à ton système pendant 10 ou 15 secondes et qu’ensuite, tu le laisses tranquille et lui laisses regoûter, il y a un moment où ton système a envie. C’est lui qui vient tout seul. C’est ce qui est très fort dans les micro-pratiques: tu les fais 2 ou 3 mois, et tout d’un coup, c’est la vie qui vient te chercher et qui dit: „Bon là, reste avec moi 20 secondes!“ Tu sens l’appel des choses, tu rentres, tu restes et ensuite tu lâches. C’est une pratique extrêmement efficace. Je n’ai jamais vu ça nulle part, c’est totalement spécifique au tantrisme du Cachemire.

De plus, quand on change de perspective, comme vous l’avez mentionné tout à l’heure, c.à.d. que c’est la tasse de thé qui te désire et non l‘inverse, on est tout de suite dans une autre présence. Cela permet de mieux percevoir et de mieux goûter.
Cela change ta gestuelle. Le prédateur en toi fond tout à coup. Quand tu regardes les gens, la brutalité avec laquelle ils traitent les objets, les portes. Il y a une violence dans la banalité quotidienne qui est énorme. La plupart des gens ne s’en rendent pas compte.
Alors cette brutalité banale s’estompe avec la micro-pratique. Tu commences à goûter les choses. Puis quand tu as goûté profondément, au bout de 10 minutes tu as envie d’y revenir. C’est comme si on te faisait goûter une petite cuillérée de quelque chose de merveilleux. Au bout d’un moment, tu as envie d’une autre petite dose de cette choses merveilleuse. Au début 3 ou 4 minutes par jour de présence suffisent. Il ne s’agit pas d’augmenter la durée des pratiques mais leur nombre. Au bout de quelques semaines ou de quelques mois on découvre alors qu’il n’y a plus de „pratique“ mais tout simplement un plaisir de vivre incomparable.

On a pris vraiment goût à la vie!
Totalement! Et plus nous trouvons plaisir à la simple réalité telle qu’elle se présente à nous de seconde en seconde, moins notre joie ne dépend de circonstances exceptionnelles. Cela nous rend incroyablement indépendants des attentes que nous avons de la vie. Et ce plaisir de l‘instant, rien ni personne ne peut nous l’enlever. C’est ça le secret tantrique: entrer en communication profonde avec la réalité de notre vie telle qu’elle est. Et nous remarquons qu’à chaque fois que nous réussissons à saisir la vie dans son immédiateté, notre respiration se relâche harmonieusement.


Le rôle essentiel de la respiration

La respiration joue dans le yoga tantrique comme dans d’autres écoles de yoga un rôle primordial. Y a t’il chez vous une technique particulière?


Le rôle essentiel de la respiration est la seule chose sur laquelle toutes les écoles spirituelles sont d’accord, qu’elles soient soufies, bouddhistes ou autre. Bien sûr, elles ne sont pas d’accord sur la façon dont il faut respirer, mais c’est une autre histoire. Nous les tantriques, nous avons une manière de respirer qui est encore plus basse que ce qui se fait normalement, qui est juste au-dessus de l’os pubien, ce qui permet de détendre les muscles profonds qui bougent comme une vague. Cela donne un poids et une légèreté en même temps. Ce qui est intéressant dans la pratique, c’est que l’on touche toujours des opposés: tu as du poids, tu es bien ancré, et en même temps tu communiques complètement avec le ciel. Tu es trait d’union. Tu es complètement dans la terre, et tu es complètement dans le ciel parce que tu es dans la terre. Les tantriques ont toujours beaucoup joué avec toutes les oppositions. Dans les tantras par exemple, cela arrive tout le temps qu’il y ait des contradictions colossales, c. à. d. d’une page à l’autre se trouve exactement le contraire de ce que l’on vient de lire. On ne s’en rend pas toujours compte tout de suite. C’est vraiment une technique didactique pour arriver à arrêter cette dichotomie perpétuelle.

 

[...]

 

Entretien avec Daniel ODIER  fait à Paris par Anne Devillard pour le mensuel allemand NATUR & HEILEN, 2008.

 

Source texte : http://www.danielodier.com/FRENCH/entree_f.html 

Source image : http://www.danielodier.com/FRENCH/entree_f.html

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Au cœur d’un hiver, il arrive parfois qu’on oublie la Vie alors qu’elle fourmille loin des regards, en silence et en secret, dans la pudeur de Son Mystère…
Et puis, l’humain amène la couleur de son visage, comme un printemps, chaque couleur étant nouvelle…
Et la désolation se transforme en acclamation !
Berceau nouveau d’un avenir meilleur, paix espérée pour la Terre entière…
La Nature, dans sa louange silencieuse, déployant ses accents au fil des saisons…
Réapprend à l’Homme… l’Amour !
Il suffit parfois d’un seul arbre, au tronc solide et aux racines profondes, aux branches qui acclament le Ciel et embrassent la Terre comme des bras qui s’ouvrent pour accueillir l’autre…
Il suffit parfois d’un seul arbre pour réapprendre à aimer la forêt…

Michèlle, le 26 septembre 2011

 

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Source  :  http://www.hommesdeparole.org [Phrase de la semaine]

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