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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 05:33

SORTIR DE LA SOUFFRANCE - (5/5)

Conférence de Jacques Vigne

donnée le 7 mars 2006 au Centre Culturel Alpha

 

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Un grand psychiatre français qui a été ensuite un peu effacé par la psychanalyse, mais qui mérite qu'on l'étudie, du nom de Pierre Janet a repris, dans les années vingt, les idées du philosophe Bergson, un spirituel aussi. Il disait : finalement, si les gens vont mal, c'est parce qu'ils manquent d'élan vital, et donc il a rattaché énormément de troubles psychiques à la neurasthénie, qui était le contraire de l'élan vital; et le traitement de toutes ces formes de neurasthénie c'était l'élan vital. Et quand on y pense, si on n'a pas de force psychologique, si on est tout le temps dans la faiblesse, c'est un peu comme l'immunité du psychisme qui diminue; il y a des tas de tumeurs et d'infections qui se développent, auxquelles on ne pensait pas avant; vous savez dans le sida, par exemple, l'immunité est à zéro et donc il y a des tas de cancers rares qui normalement ne viennent pas mais qui se manifestent; et puis dès qu'on se coupe, ça fait une grande infection, une septicémie etc.. Et c'est pareil dans le domaine psychique, si on n'a pas cet élan vital, à ce moment-là, il y a énormément de problèmes qui se posent, par exemple, des obsessions. Les obsessions c'est comme une tumeur du cerveau, une tumeur du fonctionnement cérébral; il y a une idée qui devient de plus en plus grande, qui prend tout le cerveau. Ça vient quand il y a une baisse d'immunité psychique, quand il y a de la tristesse, de la neurasthénie. Ou alors il y a aussi les idées psychotiques. Chacun peut entendre de temps en temps une voix négative en lui; qui ne s'est pas dit à lui -même « pauvre con » quand on fait une erreur ? Tout ça ce sont des voix intérieures qui sont normales chez l'individu. Mais quand l'immunité du psychisme baisse, à ce moment-là elles prennent tellement d'importance qu'elles deviennent comme une voix séparée, et c'est le début de l'hallucination. Quant au dépressif, il dit de temps en temps qu'il a la tête vide, mais il ne faut pas le croire. C'est plutôt le contraire, il a la tête pleine du passé. Son passé l'envahit, ça devient comme un cancer et ça le paralyse complètement pour vivre au présent. A ce moment-là il tombe en dépression. La dépression est liée à ce qu'on appelle en psychiatrie, la rumination morbide et ça prend toute la place dans le passé. Et certains neuro-psychologues vont jusqu'à dire que la maladie d'Alzheimer, ce n'est pas un déficit, mais plutôt une sorte de développement cancéreux au niveau psychique du souvenir du passé. Ils ne sont plus maintenus sous la coupe d'une conscience qui peut maîtriser, ils prennent toute la place et il n'y a plus de place pour penser au présent; la personne devient gâteuse. Donc il y a cette théorie-là pour l'Alzheimer aussi. Une sorte de stimulation des souvenirs du passé qui prend la place du présent.

 

On arrive maintenant vers la fin: revenir à la joie. Je vous ai parlé de l'importance de la joie dans les thérapies et j'aime bien rappeler le souvenir d'un alcoolique que j'avais vu à Katowice; ce n'est pas une ville très joyeuse, mais une ville minière avec les crassiers. C'est une ville en perte de vitesse parce que le charbon ça ne marche plus bien, pour ajouter à la joie locale, juste à côté il y a l'ex-camp d'Auschwitz, donc les gens qui viennent à Katowice, c'est surtout pour visiter Auschwitz. Et donc il y a de la dépression dans l'air, il y a beaucoup d'alcoolisme chez ces mineurs de Pologne. J'ai donc visité un centre de désintoxication alcoolique pour enseigner au staff et au personnel des pratiques de yoga et de relaxation pour lutter contre l'alcoolisme. Alors j'ai discuté avec un ex-alcoolique qui s'en est tiré, et qui était le moteur du groupe d'anciens alcooliques pour aider beaucoup d'alcooliques à s'en tirer. Je lui ai demandé: « quel est ton secret ?» Et il m'a répondu par un seul mot; il m'a dit « la joie ». Et j'ai discuté avec lui; il m'a dit qu'il s'était aperçu qu'il était alcoolique parce qu'il était triste et que s'il voulait s'en tirer, il fallait qu'il travaille directement la joie. C'était ce qu'il avait fait, ce n'était pas un mystique. J'ai parlé avec lui de la religion. Il était un peu catholique, comme tous les Polonais, mais c'était une réflexion psychologique. Il s’était dit, mon alcoolisme, ça vient de la tristesse, et donc il faut que je travaille directement sur la joie. Et donc il y a des raisons aussi à la souffrance : je vous ai parlé d'addiction auparavant; on peut s'habituer tellement à la souffrance qu'on développe une addiction. Et l'alcoolisme, ça prend la place des endorphines qui sont, pour faire bref, les neurotransmetteurs de la joie. L'alcool et aussi le haschich ont des dérivés qui se mettent à la place de ces récepteurs et ces récepteurs deviennent paresseux parce qu'ils sont trop stimulés. Ils diminuent en nombre et donc quand on veut avoir une joie naturelle, comme marcher dans la nature, les endorphines qui sont produites agissent simplement sur 10% des récepteurs et donc on n'aura que 10% de la joie qui viendra; et on dira « comment ça se fait, je suis triste ? » Et on se dira, il faut que je reprenne un verre d'alcool pour me rendre joyeux de nouveau. Donc il y a réellement quelque chose de physique qui est transformé au niveau des récepteurs avec l'alcool, et c'est pour ça que les alcooliques ont un fond triste et qu'ils boivent de plus en plus pour essayer de se rendre gais un petit peu en buvant. Ça c'est valable pour l'alcool, le haschich, pour l'héroïne. C'est les mêmes, les morphines; ils vont sur les mêmes récepteurs d'endorphines et ils agissent sur notre capacité de joie. L'activité sexuelle aussi, ces plaisirs forts du corps, l'alimentation, agissent sur les endorphines. Ce sont aussi les neuro-transmetteurs de l'appétit sexuel, de l'appétit pour la nourriture et aussi l'appétit spirituel pour se concentrer, pour savoir. Et j'avais fait moi-même une expérience en prenant 3 jours de suite 1 comprimé d'Anatrexone (c'est connu en neuropsychologie comme la substance chimique qui inhibe les endorphines). En prenant ces comprimés, toute la joie que j'avais dans la méditation était supprimée. J'avais médité pendant 5 mois et tous les jours j'avais un niveau de joie régulier et à la fin, j'ai pris ces 3 comprimés, ça a tout mis par terre. Je n'étais pas dans une grande dépression, mais j'avais quand même une sorte de grisaille dans la tête et je n'avais aucune envie de faire quoi que ce soit. C'était une sorte de pré-dépression, parce que pour la dépression il faut de l'anxiété; là je n'étais pas vraiment anxieux, mais n'avais plus envie de rien. J'ai travaillé pour savoir comment me débarrasser de cet effet de l'Anatrexone; je la prenais avant le petit déjeuner et ça durait environ 8 heures. A 5 heures du matin, il y avait une joie normale qui reprenait. Mais si je voulais accélérer le processus, il m e fallait des choses qui marchent bien, comme le Hatha-Yoga, le chant, le chant religieux où l'on répète en poussant à la fin de chaque verset son souffle; ça marchait très bien. Et puis la marche, mais pas 5 ou 10 minutes de marche, il fallait régulièrement 20 à 25 minutes de marche assez rapide. A ce moment-là les endorphines étaient produites et la joie revenait. Et si je ne faisais rien, ça finissait par revenir quand l'Anatrexone était excrétée au bout de 8 à 10 heures.

 

Donc, c'est important de voir ça, on en reparlera demain dans la conférence sur la dépression et les dépendances. Alors, il y a des thérapies par le rire, mais même sans faire de thérapie par le rire, si vous avez des soucis, que vous ne vous en tirez pas, des problèmes qui vous semblent très profonds, si vous lisez un Tintin, probablement vous oublierez tout, au moins pendant la durée de la lecture de Tintin. Et ça c'est une expérience védantique, c'est-à-dire que tout se passe dans notre mental; et si on distrait le mental avec autre chose, on peut oublier nos grands soucis métaphysiques, notre dépression existentielle, nos problèmes de famille, de couple, politiques etc... Tout est oublié en lisant Tintin. Donc ça veut bien dire que tout se passe dans notre tête. Il y a une phrase de la Bhagavad-Gita qui résume tout ça : dans la joie, il y a la destruction de toutes les souffrances, dans la conscience de celui qui est joyeux; rapidement la « buddhi » s'installe. La « buddhi » c'est la qualité de l'esprit qui nous rend Bouddha, c'est l'intuition supérieure, l'intuition spirituelle qui prend racine en nous, et tout ça grâce à la joie. Deux citations pour terminer. Déjà une du Dalaï-Lama, je cite de mémoire, mais c'est vraiment son idée : « Le plus étonnant c'est que les gens ruinent leur santé pour gagner de l'argent, et ensuite ils dépensent cet argent pour essayer de retrouver la santé. On peut dire qu'ils sont comme morts à leur propre vie, et quand ils meurent, ils s'aperçoivent qu'ils n'ont jamais vécu. » C'est ça le côté comique de l'être humain, ou tragique, on peut dire les deux; fondamental, non ? Quant à Ma Anandamayi, elle disait que tout ce monde, c'était une maison de fous. Seul le sage peut se tirer de cette folie, mais on a tous notre folie d'une façon ou d'une autre.

 

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Source texte : VIGNE Jacques. Conférence : sortir de la souffrance [en ligne] (page consultée le 19 juillet 2011). Adresse URL : http://amis.univ-reunion.fr/amis/index.php?option=com_jevents&task=icalrepeat.detail&evid=350&Itemid=83&year=2006&month=03&day=07&title=sortir-de-la-souffrance&uid=93cf60a1fd51491097c2677c27f38058

 

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Il suffit parfois d’un seul arbre, au tronc solide et aux racines profondes, aux branches qui acclament le Ciel et embrassent la Terre comme des bras qui s’ouvrent pour accueillir l’autre…
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Michèlle, le 26 septembre 2011

 

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Source  :  http://www.hommesdeparole.org [Phrase de la semaine]

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