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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 12:29

Entretien avec Daniel Odier, propos recueillis par Marc Jaumardedaniel_odier-copie-1.jpg

 

 

Avec son livre paru aux éditions du Relié : Le Grand Sommeil des éveillés, Daniel Odier n’hésite pas à donner un coup de pied au “spirituellement correct”. Il s’attaque à la notion de “maître spirituel” et dénonce les dérives de certains systèmes conçus plus pour endormir et enfermer les gens plutôt que de les éveiller et les ouvrir.

 

 

Nouvelles Clés : Cet ouvrage polémiste voire pamphlétaire n’est pas une nouvelle gazette sur le show-business spirituel. Aucun nom, aucune prise de partie, sur telle personne ou tel lieu. 

 

Daniel Odier : C’est un cri poussé de l’intérieur et non un jugement d’un observateur extérieur. Je pense qu’il y a beaucoup d’abus dans le “business” spirituel, que la plupart des maîtres arborent un éveil de pacotille, qu’ils parlent de ce qu’ils ne connaissent pas intérieurement et profitent d’une situation propice qui est celle d’un trouble général profond sur un fond de grande souffrance. Les rares instructeurs sérieux que je connais ne prétendent pas être réalisés, ils sont vivants, simples, directs. Ils rencontrent les êtres sur un fond d’identité et non sur une différence arbitrairement codifiée sous le nom d’éveil. Mais la partie pamphlétaire de mon livre ne représente qu’un quart de ce qu’on peut y trouver : la partie la plus importante est l’enseignement de Mahachinachara, ou Grande Voie chinoise, commune au tantrisme et au ch’an (zen chinois) et restée jusqu’alors secrète car trop iconoclaste.


N. C. : Votre livre est fort, il interpelle. Mais de quel autre constat êtes-vous parti pour l’écrire ?

 

D. O. : J’ai écrit ce livre pour ceux qui cherchent et j’ai pris leur défense. Je suis parti d’un constat simple : se lier pieds et poings aux enseignants mène à la dépendance, pas à la libération. Idéaliser les “ maîtres ” nous interdit toute prise de conscience. Ne pas voir que les “éveillés” peuvent être des êtres qui connaissent encore le trouble, l’hésitation, l’absence au corps, la crainte des émotions, c’est se couper de toute chance d’atteindre une authentique présence au monde, la liberté, la fluidité.


N. C. : Il est facile de critiquer, que proposez-vous en échange ?

 

D. O. : Je n’attaque pas les “ produits ” des autres pour vendre quelque chose de plus “performant”. Je pousse les êtres à cesser de fantasmer sur les maîtres, à revenir au “Soi” qui n’a besoin d’aucun aménagement. La réalité est en nous, nous ne pouvons la toucher qu’en refusant de nous soumettre. Un maître ch’an a dit un jour à un disciple potentiel : “Tu es parfait comme tu es, il ne te reste qu’à coïncider totalement avec le monde”.


N. C. : Actuellement le tantrisme est une véritable “start up” spirituelle, et nous verrons bientôt s’afficher en grand panneau publicitaire http:\Tantra.com ! Faut-il voir dans la mode du renouveau du tantrisme un anti-dote à notre monde moderne, agité, névrosé, dispersé, plus préoccupé de conjuguer l’humain au verbe avoir qu’au verbe être ?

 

D. O. : Ce qui est enseigné aujourd’hui sous le nom de tantra est un “produit de consommation”. Pourtant, il y a dans ce courant si riche une liberté magnifique, une absence de religiosité, de dogme, de fixation spirituelle. Le Tantra est un chant à la spontanéité, on pourrait dire qu’il n’enseigne rien d’autre que la possibilité de permettre à l’être humain de fonctionner sans entraves dans l’acceptation de la réalité. C’est un courant vivant qui peut faire cesser immédiatement toute recherche extérieure, tout fantasme spirituel ; mais c’est une approche difficile.


N. C. : Quelle est l’importance du corps dans votre approche ?

 

D. O. : Totale. Il n’y a que notre mental pour se laisser séduire par les indigents qui font profession de guides. Si le corps d’un maître ne dispense pas un enseignement, ce n’est certainement pas son esprit qui peut le faire.


N. C. : Vous parlez encore de maîtres... 

 

D. O. : C’est un mot commode. Sans lui il faut recourir à des subterfuges douteux : “enseignant” ne me semble pas approprié, “ ami de bien ” est un peu pompeux, “ami spirituel”, peut-être, mais ça fait un peu langue de bois. Comme l’idée d’avoir un maître choque les Occidentaux dont l’ego surdimensionné refuse le concept alors que nous naviguons par ailleurs dans la servitude la plus totale, on ne sait guère comment définir ce rapport d’identité entre deux êtres. Ce ne devrait être rien d’autre que de l’amour, de la créativité.


N. C. : Nous craignons l’idée de nous soumettre à quelqu’un...

 

D. O. : Tant qu’on n’a pas effleuré la spontanéité, la vie sociale n’est de toutes façons qu’un rituel permanent de soumission.


N. C. : Or beaucoup de maîtres exigent discipline et soumission, deux choses auxquelles vous semblez être allergique...

 

D. O. : Ce ne sont que des enfants névrotiques en mal d’amour, des vampires, des anthropophages. La soumission n’a jamais mené personne à la libération. J’en ai vu de ces coquins pompeux qui surnagent grâce à la souffrance de leurs esclaves. Il faut ramper sur le sol pour leur adresser la parole, se soumettre à leurs caprices, s’incliner devant leur photo, écouter avec déférence leur radotage continu, subir leurs outrages. Il fut un temps où lorsqu’un maître radotait, il se trouvait quelqu’un de ses proches pour le ramener à la niche et lui fermer le clapet. Voilà ce que j’appelle un rapport sain, net et sans bavure. Un maître a besoin de travailler ; dès que ceux qui le suivent n’assument plus ce rôle créatif, ils le précipitent à la trappe du délire égotique.


N. C. : C’est une vision pour le moins originale.

 

biblio sommeilD. O. : Rien de plus classique, c’est toute l’histoire du Ch’an, du Zen et du Tantra. Ce n’est pas en cirant les pompes des indigents qui dispensent un enseignement de seconde main que vous vous sortirez d’affaire. Cessez de vivre dans la peur, de surestimer ceux que vous avez choisis, entrez dans un rapport direct fondé sur la non-différence. Observez, dites ce que vous voyez, contestez ce qui vous semble contestable. Soyez généreux, aidez les maîtres à ne pas se laisser enfermer par l’adoration aveugle dont ils sont l’objet. Pourquoi la plupart des petits maîtres ont-ils l’aspect de perroquets empaillés couverts de poussière, de petits despotes entourés d’êtres moribonds ? C’est simplement que leurs disciples ne les ont pas renvoyés aux cuisines assez tôt. Jamais un être établi dans la vérité ne s’offusquera d’une remarque, d’une attaque en règle. Les disciples clouent les maîtres dans le ciel pour les y rejoindre au plus vite. Finalement, dans ce rapport névrotique, chacun tue l’autre. Sauvez ceux que vous aimez en ne leur laissant pas une seconde de répit. Aidez les maîtres à demeurer dans la nudité, réveillez les éveillés !


N. C. : Comment concevoir qu’un guide a besoin d’être réveillé ?

 

D. O. : La libération est une longue descente vers le cœur de votre être. Observez le guide et témoignez de votre amour en l’aidant à la vigilance. Dans le Tantra et dans le Ch’an, il est entendu qu’un maître cherche toujours celui de ses disciples qui a la capacité de le dépasser pour lui donner la transmission. C’est l’unique raison de la survie des lignées qui s’étendent parfois sur des millénaires. J’ai cru observer le contraire chez les petits maîtres qui tremblent dès qu’un être authentique pointe son nez dans leur repaire. Ils ne tardent pas à l’évincer avec la bienveillante collaboration des disciples qui participent à ce grand effroi. Essayez de railler ou d’émettre un doute poli devant l’un de ces charlatans et vous verrez à quelle vitesse vous allez être éjecté du groupe. La plupart des groupes spirituels ne sont que des associations de moribonds conventionnels au langage codé. Guidés par une momie, il glissent tout droit vers le conglomérat sectaire.


N. C. : Peut-il y avoir une réciprocité totale dans les relations avec quelqu’un qui enseigne ?

 

D. O. : Évidemment, c’est la marque de tout rapport humain non névrotique.

 

Source texte : http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=749

Sources images : http://www.tantra.or.at/d_odier.htm 

                                 http://www.danielodier.com/ITALIAN/Biblio.htm

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Published by Les chemins de la sagesse - dans Daniel Odier
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Au cœur d’un hiver, il arrive parfois qu’on oublie la Vie alors qu’elle fourmille loin des regards, en silence et en secret, dans la pudeur de Son Mystère…
Et puis, l’humain amène la couleur de son visage, comme un printemps, chaque couleur étant nouvelle…
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Berceau nouveau d’un avenir meilleur, paix espérée pour la Terre entière…
La Nature, dans sa louange silencieuse, déployant ses accents au fil des saisons…
Réapprend à l’Homme… l’Amour !
Il suffit parfois d’un seul arbre, au tronc solide et aux racines profondes, aux branches qui acclament le Ciel et embrassent la Terre comme des bras qui s’ouvrent pour accueillir l’autre…
Il suffit parfois d’un seul arbre pour réapprendre à aimer la forêt…

Michèlle, le 26 septembre 2011

 

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Source  :  http://www.hommesdeparole.org [Phrase de la semaine]

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