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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 17:50

De nombreux passages de cette interview ne sont pas publiés ici. Bien qu'ils soient très intéressant, j'ai fait le choix de concentrer la lecture sur l'aspect des micros-pratiques. Je vous invite à  retrouver l'intégralité de l'article sur le lien suivant  http://www.danielodier.com/FRENCH/entree_f.html  qui regorge de paroles d'une grande valeur et de découvrir le site de Daniel Odier http://www.danielodier.com/ maître dans la tradition du yoga cachemirien et du zen. Bonne lecture !

 

daniel5

 

La réalité quotidienne comme champ de pratique

 Contrairement aux traditions spirituelles qui encouragent la réclusion et le retranchement au monde, le centre de l’enseignement tantrique se situe dans la vie de tous les jours.

 

Oui, c’est vraiment une particularité du mouvement tantrique. Ce n’est pas un mouvement religieux contrairement à la plupart des voies mystiques mais une voie spirituelle complètement laïque. Donc les maîtres tantriques sont des laïques, des gens qui depuis toujours avaient des métiers: c’étaient des paysans, des potiers, des charpentiers, des électriciens, des institutrices, des prostitués, des brigands etc., donc des personnes qui avaient une activité sociale bien définie et qui ne l’abandonnaient pas forcément pour enseigner. Cela a donc une grande influence. Comme c’est aussi une voie qui est particulièrement non dogmatique, il n’y a pas de clergé, donc il n’y pas de politique de contrôle du clergé. Alors que reste-t’il? Il reste des individus qui s’imposent comme des maîtres, simplement parce qu’ils ont connu l’éveil et qu’ils sont dans cette tradition. Ainsi, il n’y a jamais eu cette tendance chez les tantriques à renoncer au monde et à se retirer dans les monastères. Ils ont bien compris ce phénomène d’absence à la réalité dans les quêtes spirituelles traditionnelles. Le yoga tantrique est une voie simple dans laquelle l’être humain choisit comme champ de pratique la réalité quotidienne, sans renoncer à quoique ce soit, simplement en touchant complètement le monde. Quitter quelque chose avant de l’avoir eu crée une sorte de schizophrénie, on ne sait pas où l‘on est.
Donc notre mouvement de yoga est d’entrer en contact profond avec ses émotions, sa pensée, ses ressentis corporels. Le corps a une place magnifique. Il n’est pas du tout nié. Jamais. Au contraire, nous trouvons que c’est un instrument merveilleux.

 

[...]

 

Et cela passe par les sens...


[...]

 

Notre forme de yoga nous apprend à jouir des plaisirs simples, par exemple dès son réveil à prendre conscience de sa peau, pendant sa douche à  ressentir une satisfaction profonde causée par les gouttes d’eau sur la peau, à prendre conscience de tous les automatismes. Pour parvenir à cette présence profonde, il est indispensable que notre corps, cet instrument merveilleux, soit parfaitement accordé. C’est là où intervient la sensorialité. La première étape est donc de restaurer toutes ces fonctions, de retrouver notre goût à la vie, d’être intégralement disponible à la vie, avec tous nos sens, nos désirs et passions.

 

Le désir est le mouvement de l‘univers

C’est très inhabituel que dans une école mystique ce soit le désir qui soit reconnu comme l’une de nos plus grandes forces!
Pour les maîtres cachemiriens, il est impossible de suivre une voie spirituelle en niant le désir car la moindre impulsion relève du désir: la recherche mystique part du désir, le désir de se débarrasser du désir est lui-même un désir. Pour eux, le désir est le mouvement même de l’univers. Il est l’essence même de ce qui nous donne la sensation de vie et d’intensité. Ils n’ont pas aboli le désir mais l’ont considéré sous sa forme absolue, c. à. d. sans le rendre dépendant d’un objet. Quand il y a fixation sur un objet, cela nous pousse, c’est bien connu, à désirer toujours plus, constamment insatisfaits. Le tantrique voit le monde comme désir. Chaque chose qu’il regarde ou qu’il fait le désire: l’arbre qu’il regarde le désire, l’eau qu’il boit le désire, la nourriture qu’il mange le désire. Cela change complètement le contact avec la réalité. Le désir d’être complètement présent à la vie rend merveilleuse la chose la plus banale comme une gorgée de thé, le goût du toast le matin, une fenêtre qui s’ouvre sur le ciel. Cette forme de yoga est très simple et en même temps difficile car elle est liée à l’expérience de la banalité du quotidien.

 

[...]

L’idée des micro-pratiques: simples et efficaces

Comment peut-on rendre petit à petit à ce rubis son éclat originel?

Par la pratique. Par ce que l’on appelle les micro-pratiques. Ce qui m’a toujours beaucoup touché chez les tantriques, c’est qu’ils n’ont jamais pris pour argent comptant ce que les autres disent. Ce sont des observateurs du fonctionnement de l’être humain et non des idéalistes. Ils se sont demandé: „Comment fonctionnent les émotions? Comment fonctionne la sensorialité? Comment fonctionne le désir?“ Cela leur a évité de tomber dans les pièges dans lesquels beaucoup sont tombés parce qu’il y avait toujours une sorte d’aspect scientifique de dire: „Bon, d’accord, peut-être, mais on va observer ça.“ C’est vraiment comme si tout d’un coup, ils passaient l’être humain au microscope. Cela leur a permis de trouver des solutions intéressantes, même au point de vue de la pratique. En générale, on dit qu’il faut pratiquer tous les jours de telle heure à telle heure. Les tantriques eux ont observé l’esprit. Ils se sont dit: „L’esprit est très mobile, il n’aime pas être contraint à quelque chose trop longtemps. Si on le contraint trop longtemps, il s’échappe par des imaginations, des diversions etc.“ Alors ils en ont conclu: „Si à chaque fois que l‘on passe une heure en méditation, on passe 50 minutes à cogiter parce que notre esprit s’enflamme, simplement parce qu’on l’oblige à la fixité, il faut trouver quelque chose.“ Alors ils ont eu une idée géniale, ils se sont dit: „Si l’esprit aime aller vite, on va inventer une pratique qui va vite et qui est tellement légère qu’il n’a pas le temps de se rebiffer.“ C’est comme ça qu’ils ont eu l’idée des micro-pratiques: on entre dans la pratique pendant 10, 15, 20 secondes intensément et ensuite on lâche pour revenir à ce que j’appelle le pilotage automatique, c.à.d. à notre manière habituelle de faire les choses. C’est comme si l’on prenait son mental de vitesse. Prendre 15 secondes d’espace, cela ne le gêne pas. Si l’on essaie de prendre 10 minutes, il se rebiffe aussitôt.
Il suffit de commencer par ce qui nous touche naturellement, le matin par exemple par les choses les plus simples: quelques gorgées de thé ou de café, le goût de la tartine, quelques pas dans la rue, le plaisir d’une respiration paisible. Si nous sommes dans cette présence, ne serait-ce que quelques secondes chaque jour, la dynamique de la présence gagne du terrain à chaque nouvel instant et notre vie se voit transformée.

La notion des micro-pratiques est vraiment ingénieuse parce qu’il s’agit d’entrer et de tout de suite ressortir. Alors qu’en fait on pense qu’il faudrait que l’on s’entraîne à rester le plus longtemps possible – ce qui créerait de nouveau une tension. Mais là on nous dit: „Ah mais non, au contraire, tu ressors!“
Il y a beaucoup la notion de jeu dans la tradition tantrique, c.à.d. que l’on joue avec les choses: cela va vite, on va vite, cela va lentement, on va lentement. On n’essaie pas de conditionner les choses à l‘idée de ce qu’elles devraient, selon nous, être. Il n’y a pas de représentations, donc on est obligé de communiquer avec ce qui est là. Par exemple, quand on fait Tandava, la danse sacrée de Shiva, il n’y a pas d’idée particulière, donc tu es obligé de sentir. Tu vas vers quelqu’un et tu sens ce qui se passe. C’est pour cela qu’à une personne je peux lui donner d’énormes claques sur le sternum parce que je sais instinctivement que cela va la faire respirer, une autre je vais l’enrober dans quelque chose de lent et de doux qui va la faire lâcher. Ce n’est donc pas la même chose pour tout le monde. Les micro-pratiques, c’est ça: c’est la créativité à l’état pur, dans un temps limité mais souvent.

 

De plus en plus souvent, ou peu importe?


En fait, l’idée des micro-pratiques est de faire retrouver cette évidence à ton système que la présence t’apporte plus de joie que l’automatisme. C’est aussi simple que cela. Donc si tu fais goûter quelque chose de délicieux à ton système pendant 10 ou 15 secondes et qu’ensuite, tu le laisses tranquille et lui laisses regoûter, il y a un moment où ton système a envie. C’est lui qui vient tout seul. C’est ce qui est très fort dans les micro-pratiques: tu les fais 2 ou 3 mois, et tout d’un coup, c’est la vie qui vient te chercher et qui dit: „Bon là, reste avec moi 20 secondes!“ Tu sens l’appel des choses, tu rentres, tu restes et ensuite tu lâches. C’est une pratique extrêmement efficace. Je n’ai jamais vu ça nulle part, c’est totalement spécifique au tantrisme du Cachemire.

De plus, quand on change de perspective, comme vous l’avez mentionné tout à l’heure, c.à.d. que c’est la tasse de thé qui te désire et non l‘inverse, on est tout de suite dans une autre présence. Cela permet de mieux percevoir et de mieux goûter.
Cela change ta gestuelle. Le prédateur en toi fond tout à coup. Quand tu regardes les gens, la brutalité avec laquelle ils traitent les objets, les portes. Il y a une violence dans la banalité quotidienne qui est énorme. La plupart des gens ne s’en rendent pas compte.
Alors cette brutalité banale s’estompe avec la micro-pratique. Tu commences à goûter les choses. Puis quand tu as goûté profondément, au bout de 10 minutes tu as envie d’y revenir. C’est comme si on te faisait goûter une petite cuillérée de quelque chose de merveilleux. Au bout d’un moment, tu as envie d’une autre petite dose de cette choses merveilleuse. Au début 3 ou 4 minutes par jour de présence suffisent. Il ne s’agit pas d’augmenter la durée des pratiques mais leur nombre. Au bout de quelques semaines ou de quelques mois on découvre alors qu’il n’y a plus de „pratique“ mais tout simplement un plaisir de vivre incomparable.

On a pris vraiment goût à la vie!
Totalement! Et plus nous trouvons plaisir à la simple réalité telle qu’elle se présente à nous de seconde en seconde, moins notre joie ne dépend de circonstances exceptionnelles. Cela nous rend incroyablement indépendants des attentes que nous avons de la vie. Et ce plaisir de l‘instant, rien ni personne ne peut nous l’enlever. C’est ça le secret tantrique: entrer en communication profonde avec la réalité de notre vie telle qu’elle est. Et nous remarquons qu’à chaque fois que nous réussissons à saisir la vie dans son immédiateté, notre respiration se relâche harmonieusement.


Le rôle essentiel de la respiration

La respiration joue dans le yoga tantrique comme dans d’autres écoles de yoga un rôle primordial. Y a t’il chez vous une technique particulière?


Le rôle essentiel de la respiration est la seule chose sur laquelle toutes les écoles spirituelles sont d’accord, qu’elles soient soufies, bouddhistes ou autre. Bien sûr, elles ne sont pas d’accord sur la façon dont il faut respirer, mais c’est une autre histoire. Nous les tantriques, nous avons une manière de respirer qui est encore plus basse que ce qui se fait normalement, qui est juste au-dessus de l’os pubien, ce qui permet de détendre les muscles profonds qui bougent comme une vague. Cela donne un poids et une légèreté en même temps. Ce qui est intéressant dans la pratique, c’est que l’on touche toujours des opposés: tu as du poids, tu es bien ancré, et en même temps tu communiques complètement avec le ciel. Tu es trait d’union. Tu es complètement dans la terre, et tu es complètement dans le ciel parce que tu es dans la terre. Les tantriques ont toujours beaucoup joué avec toutes les oppositions. Dans les tantras par exemple, cela arrive tout le temps qu’il y ait des contradictions colossales, c. à. d. d’une page à l’autre se trouve exactement le contraire de ce que l’on vient de lire. On ne s’en rend pas toujours compte tout de suite. C’est vraiment une technique didactique pour arriver à arrêter cette dichotomie perpétuelle.

 

[...]

 

Entretien avec Daniel ODIER  fait à Paris par Anne Devillard pour le mensuel allemand NATUR & HEILEN, 2008.

 

Source texte : http://www.danielodier.com/FRENCH/entree_f.html 

Source image : http://www.danielodier.com/FRENCH/entree_f.html

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Published by Les chemins de la sagesse - dans Daniel Odier
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Il suffit parfois d’un seul arbre pour réapprendre à aimer la forêt…

Michèlle, le 26 septembre 2011

 

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