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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 13:49

 « Soyez en paix avec votre âme pour que le Ciel et la terre soient en paix avec vous. Pénétrez hardiment dans le trésor caché au fond de votre être et le Ciel s'ouvrira à vos yeux. La seule porte d'entrée du Ciel et de la terre se trouve là, il n'y en a pas d'autre. L'échelle qui mène au Royaume est enfouie au fond de l'âme; fuyez le péché, plongez au fond de votre être, et là, au fond de votre âme vous découvrirez les échelons qui vous permettront de commencer votre ascension. »

Saint Isaac Le Syrien

 



Présent récemment au cinéma dans le film "Des hommes et des dieux" de Xavier Beauvois,  Michael Lonsdale revient dans cette rencontre organisée il y'a plusieurs années par Nouvelles Clés,  sur un livre: les Récits d'un pèlerin russe,
sur une pratique: la prière du coeur et sur l'expression de sa foi au quotidien.  

 

Pour lire l’entretien dans son intégralité, cliquez sur Clés : La prière au coeur. 

 

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Propos recueillis par Pascale Senk

Nouvelles Clés : Depuis janvier 93, les Récits d’un pèlerin russe, que vous avez adaptés au théâtre, tiennent l’affiche, se donnent régulièrement dans des cryptes, au cœur même des églises. Qu’est-ce qui vous a fasciné dans cet écrit anonyme de la Russie du XIXe siècle ?

 

Michael Lonsdale : C’est une aventure qui nous a été infiniment précieuse, à la fois sur le plan du travail et aussi sur le plan de nos vies, parce que je ne connaissais pas l’hésychasme - la prière du cœur - ni cette tradition des contemplatifs d’Orient... Ça a été une grande joie d’avoir accès à cet enseignement et de découvrir qu’il est finalement assez connu... Des amis orthodoxes qui connaissaient Claude Laugier, le comédien, me l’ont envoyé, parce qu’il avait envie de faire quelque chose de ce texte au théâtre. J’ai tout de suite dit oui. Ce qui m’a frappé dans le témoignage du “Pèlerin”, c’est ce don qu’il a reçu, le fait de pouvoir adhérer à une prière constante, de “prier sans cesse”, comme il est dit. Bien sûr, il fait tout pour, il vit à la campagne en ermite, il choisit des métiers pendant lesquels il peut prier ; c’est très exceptionnel, comme vocation... On peut prier, mais pas de cette façon-là, récurrente, ininterrompue... Il m’arrive de prier, parfois, la prière de Jésus, mais pas constamment, il ne faut pas être distrait, c’est difficile ; en tapant à la machine, ce n’est carrément pas possible ! D’ailleurs, ce n’est pas dit dans le livre, mais c’est une prière qui demande à ce qu’on soit guidé par un maître spirituel, on ne peut la pratiquer tout seul, surtout d’une manière aussi absolue, sans risque. Il y peut y avoir des hallucinations qui se créent. C’est pour cela que le vieux staretz du monastère dit au pèlerin : “Venez me voir deux fois par mois, pour que je sache où vous en êtes, comment ça se passe”, parce que des dérivatifs incontrôlés, des choses incroyables peuvent tout à coup émerger à force de prière constante... J’ai dit oui à ce texte parce que la prière est tellement nécessaire dans le monde ! C’est une des armes que nous avons à notre disposition immédiatement, parce que ce n’est pas en allant se bagarrer à coups de poings qu’on va changer quoi que ce soit.


N. C. : Dans Le pèlerin, on recommande plus particulièrement une “prière du cœur”...

 

M. L. : Dans la tradition hésychaste très ancienne (antérieure au schisme d’avec l’orthodoxie), cette prière du cœur était énormément commentée. D’ailleurs, nous vendons, lors du spectacle, une petite Philocalie d’une trentaine de pages, mais les textes patristiques de l’époque représentent en vérité dix volumes ! Le staretz dit au Pèlerin : “Tu vas faire descendre ta pensée, de ta tête dans ton cœur”, c’est-à-dire qu’on abolit tout ce qui est d’ordre intellectuel, tout ce qui est raison, pour trouver le chemin du cœur... Il est recommandé au pèlerin de s’asseoir en silence, de respirer profondément, et de commencer à dire, tout doucement : “Seigneur Jésus-Christ, Fils de dieu, prends pitié de moi...”, et de le dire sans cesse. Alors évidemment, c’est un abandon total au Christ, un combat difficile au début, parce que le pèlerin s’endort, est distrait... Mais, peu à peu, cet homme devient totalement pacifié. Je pense qu’il est bon de faire connaître cette pacification grâce à laquelle on n’est plus tourmenté, on n’est plus soumis à tous les ballotages et chaos de notre vie moderne !

 

[…]


N. C. : Comment quelque chose de l’ordre de la spiritualité peut-elle passer dans une mise en scène ?

 

M. L. : C’est uniquement grâce à la foi qui vous anime quand vous faites quelque chose. Cette foi passe dans la lumière des projecteurs, dans le rythme, le mouvement ; elle passe dans le texte si vous avez vraiment intériorisé le sens des mots, de manière à ne pas simplement prononcer des phrases. Il faut souvent des temps de pause pour laisser s’inscrire un sentiment. C’est généralement par la lenteur que la spiritualité s’exprime, pas dans les choses hâtives. Quand vous croyez profondément en ce que vous dites, que vous êtes dans la concentration, vous trouvez le cheminement du cœur.

 

[…]


N. C. : Comment la foi s’est-elle imposée dans votre vie ?

 

M. L. : Je serais plus fier d’avoir été comme sainte Thérèse, elle si parfaite qui, un jour, a pu dire : “Voilà, Seigneur, je Te donne toute ma vie et je ne veux que Toi...” Mais, en fait, il a fallu que les grandes épreuves arrivent dans ma vie, que je sois totalement démuni, moi qui n’avais jamais été dépossédé. En 1987, j’ai eu énormément de chagrin en perdant beaucoup d’êtres chers. Je n’étais pas préparé à cela, alors j’ai plongé, et dans ce plongeon, j’ai fait ce qu’on fait souvent, on appelle de toutes ses forces, on crie vers Dieu : “Au secours, aide-moi, sauve-moi”, et la réponse a été très rapide...

Auparavant, c’est vrai, j’avais déjà choisi d’être baptisé catholique, quand j’avais vingt-deux ans, mais je vivais la foi de loin, les préoccupations du moi l’ayant d’abord emporté. J’étais comme l’herbe dans la parabole, “l’herbe qui est tombée, a poussé dans une mauvaise terre, une terre pas assez nourrissante...” Je vivais très content de moi, finalement, avec beaucoup de jugement sur les gens - c’est une chose que j’apprends à évacuer tout doucement ; je portais des jugements très sévères sur tout le monde -, j’étais dans un milieu très artiste, très intellectuel, j’idolâtrais le cinéma, littéralement !

Aujourd’hui je me comprends, je sais ce que c’est que mettre Dieu en premier. C’est, comme Il dit, “Tu laisseras tout”, des phrases qui me choquaient beaucoup, “Tu abandonneras tes parents, ta femme, tes enfants, tes frères tes sœurs”... Bon, en effet, les parents sont partis, les frères et les sœurs, je les vois autrement aujourd’hui. Peu à peu, j’ai l’impression de reconstituer quelque chose qui avait été abandonné, qui n’avait pas été mis en valeur, exploité. Ma vie s’est éclairée autrement. Je ne suis plus du tout pareil.

 

[…]


N. C. : Mais vous dites : “De toute façon, on n’a pas besoin d’aller à l’Eglise pour prier”...

 

M. L. : Je dirais que c’est bien d’aller avec les autres pour prier. Il y a d’une part la prière personnelle - le Christ dit : “Allez dans votre chambre pour prier”, ça aussi ça m’énervait ; je disais : “Et celui qui n’a pas de chambre ?!” Depuis, j’ai compris qu’il s’agit de la chambre intérieure, d’aller dans un endroit où personne ne vous voit et prier votre Dieu. En même temps, je me suis aperçu que le Notre Père est une prière au pluriel : c’est notre père. C’est nous. C’est une prière conçue pour la collectivité. Nous prions toujours au nom de plusieurs, c’est ce que j’aime dans ces groupes charismatiques. On a formé ainsi un petit groupe consacré aux artistes, Magnificat, et nous chantons ensemble. Nous chantons en toutes sortes de langues des choses qui n’ont pas de sens, ça fait des prières très étonnantes ! Nous ouvrons la Bible au hasard, nous prenons la parole telle qu’elle nous est donnée, nous la commentons, il y a parfois des transes. A force d’avoir prié avec eux, j’ai ainsi trouvé la force de pouvoir prier tout seul, pas à un moment défini, mais dans le métro, en marchant.


N. C. : Cette prière perpétuelle a quelque chose de commun avec la répétition de mantras que pratiquent les bouddhistes ou les hindouistes, par exemple. Quelle réponse trouvez-vous plus particulièrement dans la foi catholique ?

 

M. L. : C’est de l’ordre du partage et de l’amour du prochain, base de la chrétienté. La foi, en Inde, en Orient, est très forte et vivante. J’ai moi-même beaucoup connu les swamis de l’ordre de Ramakrishna, des gens d’une grande spiritualité. Mais dans ces régions du monde, beaucoup de religieux ne feront rien pour les pauvres, parce qu’ils pensent qu’il est écrit de mourir, Dieu est grand et tout le reste n’a pas d’importance...

En Orient ou au Japon, on cherche le vide : ne plus rien vouloir, ne plus rien ressentir. Et à partir de ce vide, on arrive sans doute à un plein extraordinaire. Mais ce que j’aime dans le programme du Christ, c’est la notion de fraternité entre les hommes. Le devoir de soulager la souffrance humaine est au cœur de la chrétienté, et moi, je ne peux supporter toute forme de détresse en gardant les bras croisés...C’est ce qui me touche le plus, me remue profondément dans la parole du Christ. Les spiritualités, si elles se vivent en profondeur, se rejoignent quoi qu’il en soit au sommet, au-delà de toute appartenance, mais c’est alors un état de grâce, de mystique. Gandhi était un saint, c’est évident. Il a émancipé son pays sans avoir recours à la guerre, dans la pauvreté, lui aussi comme saint François. On l’a assassiné comme tous les saints car les hommes de paix sont gênants. Je crois beaucoup à la dualité entre le Bien et le mauvais, c’est une lutte à mort qui continue dans le cosmos. Les forces du mal ne sont pas au chomâge ces temps-ci... C’est toujours un combat entre les forces du mal et les forces d’amour, positives, de Dieu. Ça se bagarre, dans le monde, mais aussi à l’intérieur de nous.


N. C. : Qu’est-ce qui a le plus changé en vous depuis votre conversion plus radicale ?

 

M. L: J’ai aujourd’hui l’envie d’être le plus possible en Dieu. Que ce soit par la prière, par la pensée, ou en action. Mon centre d’intérêt, avant, qui était uniquement le spectacle, l’art et mon expression là-dedans, s’estompe. Je ne pensais qu’à ça, j’allais voir des pièces, je rencontrais des gens, je me disais : “Il y a peut-être un rôle à trouver ici”, c’était tout à mon service, pour moi même ! Maintenant, le centre de préoccupation n’est plus moi. Il faut évacuer soi-même. C’est vrai qu’il est encombrant, ce soi, on s’aime beaucoup ou alors on ne se supporte pas... Il faut faire la paix en soi. Le Christ ne cesse de le répéter dans les Evangiles : “Je vous apporte ma paix”, “Paix, mes agneaux...” Il dit aussi : “Je suis venu apporter l’épée”. Et bien, cette épée, c’est celle dont nous avons besoin pour trancher, et enlever ce qui n’est plus nécessaire dans notre vie... C’est ce que j’essaie de faire.

 

Source citation : GOETTMANN Alphonse et Rachel. - Prière de jésus Prière du coeur. - Paris : Ed Albin Michel, 2009. - Préface de l'Evêque Kallistos de Diokleia. - P.11. - ISBN : 978-2-226-18318-7

 Source  entretien : CLES. La prière au coeur : rencontre avec Michael Lonsdale [en ligne] (page consultée le 26 février 2011). Adresse URL : http://www.cles.com/dossiers-thematiques/spiritualites/le-souffle/article/la-priere-au-coeur#

 

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Published by Guimay - dans Textes divers
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Il suffit parfois d’un seul arbre, au tronc solide et aux racines profondes, aux branches qui acclament le Ciel et embrassent la Terre comme des bras qui s’ouvrent pour accueillir l’autre…
Il suffit parfois d’un seul arbre pour réapprendre à aimer la forêt…

Michèlle, le 26 septembre 2011

 

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Source  :  http://www.hommesdeparole.org [Phrase de la semaine]

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