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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 22:30

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Le corps que l’on est


Avez-vous l’impression que les gens qui entreprennent une démarche spirituelle ou qui disent en avoir une ont tendance à nier la matière et même le corps ?

 

Oui! Depuis 1650, nous sommes conditionnés à la division entre corps, âme et esprit. Très souvent, je donne cet exemple à ceux qui travaillent avec moi: si vous regardez la glace, l’eau et la vapeur, vous avez bien sûr trois corps différents. Si vous en faites la photographie, la glace n’est pas de l’eau, l’eau n’est pas de la vapeur, mais au fond, est-ce que l’eau ce n’est pas encore de la glace? Est-ce que l’eau, ce n’est pas déjà de la vapeur? Et quand on parle aujourd’hui de cette division entre corps, âme et esprit, on doit en même temps sentir cette unité sous-jacente; on ne peut plus séparer les trois. Et ce n’est pas plus oriental qu’occidental, cette non-séparation. Je lisais récemment un très beau livre écrit par sainte Thérèse d’Avila, et à la question: « Quelle est la différence entre l’âme et l’esprit? » posée par l’une de ses sœurs, sainte Thérèse répondait: « L’esprit est au bout de l’âme. C’est la même chose, mais c’est tellement différent qu’il faut l’appeler autrement ». Je dépose le livre en me disant: « Mais elle n’a fait que la moitié du chemin. Il faudrait pouvoir dire aussi quelle est la différence entre l’âme et le corps. Le corps est au bout de l’âme. C’est la même chose, mais c’est tellement différent qu’on l’appelle autrement ». Dürckheim nous a éveillés à cette dimension de ce qu’il appelait « le corps que l’on est », qui représente la totalité de la personne et qui n’est pas seulement le corps physique, opposé à l’âme, opposé à l’esprit tel que nous l’entendons habituellement. Les exercices que je propose touchent le corps que l’homme est, et non pas le corps que l’on a, comme on l’approche dans la gymnastique ou les sports.


D’ailleurs, votre épouse Christina, qui travaille au Centre Dürckheim, enseigne le taï chi qui est la forme en mouvement de zazen, ou l’assise silencieuse.

 

En effet, et le tai chi n’est pas une « chinoiserie » qui s’adresse à l’Occidental. Pas plus que les arts martiaux, la pratique du tir à l’arc, le zazen, l’assise en silence seraient des « japonaiseries ». C’est un exercice qui s’adresse à l’homme, qu’il soit né en Orient ou en Occident. Celui ou celle qui envisage un chemin de maturation doit prendre au sérieux trois facteurs. Un de ces facteurs, c’est l’ombre; c’est-à-dire tout ce qui me sépare de cette réalité profonde de moi-même, aussi de cette lumière que je suis. Un autre facteur, c’est l’exercice. L’homme ne peut pas envisager une transformation de sa réalité s’il ne passe pas par un travail sur le corps qu’il est. On peut faire du body building, on peut faire d’autres gymnastiques sans encore se transformer en tant que personne. Mais la reconnaissance de la personne, la réalité de la personne passe nécessairement par une transformation du corps. Je donnerai un exemple qui risque de toucher beaucoup de personnes puisque plusieurs de nos contemporains se plaignent de maux de dos, de maux aux épaules. Or les médecins et combien d’autres thérapeutes font fortune avec les douleurs du dos et des épaules. On se rend chez le médecin et on dit: « Soulagez-moi. J’ai mal là ». Les analgésiques et les massages vous soulagent toujours un peu. Mais vous sortez du cabinet et juste avant d’entrer dans votre voiture, un chat noir ou un écureuil passe devant votre voiture et vous êtes de nouveau crispé comme avant. C’est la vision scientifique, moderne de soigner tel ou tel groupe musculaire. Qui se rend compte que cette douleur dans le dos ou les épaules est en réalité l’expression d’un état d’être sur le qui-vive? un état de stress? L’homme manque de confiance et l’expression de ce manque de confiance, c’est cette tension dans le dos ou les épaules. Cette tension est pourtant l’expression d’un état d’être de toute la personne. Je ne suis pas en confiance dans la vie. Le taï chi et le tir à l’arc sont des exercices qui touchent l’homme entier pour le reconduire à cet état de confiance. Il n’y a pas si longtemps encore, on ne faisait pas de distinction entre le mot « foi » et le mot « confiance ». Le troisième facteur est l’assise silencieuse. C’est une façon de s’exercer à devenir ce que l’on est.


Dans votre livre Le centre de l’être, vous écrivez: « Le mystère ne s’ouvre qu’à celui qui a le courage d’un réalisme empirique ». Que voulez-vous dire ?

 

Puisqu’il s’agit d’un chemin qu’on qualifie de spirituel, il s’agit de respecter un réalisme spirituel. Une spiritualité réaliste repose sur l’expérience plutôt que sur des croyances. Il y a une religiosité qui est basée sur ce qu’on appelle la foi, et tout notre Occident chrétien repose sur ce pilier de la foi face auquel l’Occident s’est dressé aussi sur un autre pilier, celui de la science. La foi repose sur la révélation surnaturelle, alors que la science repose sur l’expérience matérielle, d’où une contradiction et beaucoup de frottement jusqu’à notre époque. L’Orient ne s’est pas élevé sur ces deux piliers. Un Oriental, encore aujourd’hui, n’imagine pas une seconde que les expériences scientifiques vont éclairer le vrai sens de son existence. L’Oriental n’a pas, non plus, une religiosité qui repose sur la foi comme nous l’entendons. Il y a un troisième pilier en Orient, c’est celui de la révélation expérimentale, ou de l’expérience révélatrice de l’être transcendant. C’est sans doute ce qui attire autant de gens aujourd’hui vers les pratiques orientales. C’est ce réalisme spirituel où il ne s’agit plus « de croire à », mais bien « de sentir que… ». Dürckheim, lui, intervient avec ce qu’il appelle « l’expérience de l’être », qui est vraiment le fondement de son enseignement.


Qu’est-ce qui favorise une expérience de la transcendance ?

 

Votre question me rappelle un moment difficile dans ma rencontre avec Dürckheim. C’était ma deuxième leçon (on appelait cela « leçon », cette rencontre d’une heure avec lui) et il tendit l’index vers moi en demandant: « Quand avez-vous vécu pour la dernière fois une expérience mystique? »
Je me suis dit: « Bon Dieu, c’est terrible, qu’est-ce qu’il veut dire? ». Des mystiques, je ne connaissais rien, si ce n’était que j’avais entendu parler de saint Jean de la Croix et de Maître Eckhart. Je ne voyais pas ce que j’avais en commun avec eux. De plus, j’avais le détour de l’éducation religieuse, qui était presque un dressage religieux, et voilà qu’il me semblait revenir avec ces vieilles histoires. J’étais presque déçu. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que Dürckheim envisageait l’expérience mystique dans la réalité de notre vie quotidienne.
Il y a quatre champs privilégiés de notre vie de tous les jours qui favorisent une telle expérience mystique. Et puisque nous sommes ici, au Québec, je donnerai d’abord l’exemple de la nature. La grande nature est le lieu de l’expérience mystique. Qu’est-ce que cela veut dire? Hier; il y avait un coucher de soleil extraordinaire sur le lac. Qui ne s’est pas arrêté, un soir, quand le soleil se couche? Pourquoi? On a envie de hausser les épaules en disant: « Mais parce que c’est beau! » Mais qu’est-ce que ça veut dire « beau »? Regardez les nuages, regardez le lac, regardez la forêt, la montagne. Cela, ce n’est que la moitié des choses. Si je dis: « C’est beau », ce n’est pas seulement parce que cet ensemble objectif mérite cette épithète, mais parce que tout un mouvement intérieur s’est opéré en moi. Ces objets avec lesquels je suis en contact nous transforment en tant que sujets. Alors, cela peut devenir magnifique. Peut aussi arriver ce moment où les superlatifs, où tous les mots se taisent devant ce que je ressens. Et qu’est-ce que je ressens? Une immense plénitude. D’autres diront: « Je crois que je me suis senti en ordre comme jamais encore dans ma vie, à ce moment-là ». Et un troisième vous dira: « Je comprends très bien les deux autres, mais cc qui m’a touché, c’est de me sentir en unité avec le tout. J’étais un avec le soleil, un avec la nature et un en moi-même comme jamais ». Et ce sont les trois qualités que toutes les traditions religieuses ont toujours attribuées à leurs dieux: plénitude, ordre et unité. Dans la tradition chrétienne, cela devient la puissance du divin, la perfection du divin et la bonté du divin. C’est ce que Dürckheim souligne: nous devons prendre au sérieux ces expériences sur le plan naturel qui nous permettent de devenir Conscience du surnaturel. Et c’est cela, son réalisme spirituel.


Être très incarné dans les choses qui arrivent, comme cela, dans un instant ?

 

Oui, ce sont des instants privilégiés de l’existence.


On ne peut ni les prévoir ni les planifier, pas plus qu’il ne faut tenter de les reproduire ?

 

Non, on ne peut pas. Cela nous tombe dessus, cela nous porte, cela nous prend, on les accueille. Pour d’autres, cette expérience d’unité viendra de la musique ou de la rencontre amoureuse, de l’érotisme. Il y a là tant d’occasions de voir la transcendance se révéler sur le plan naturel.


Dans un de vos livres, vous écrivez que « en Dürckheim, vous avez rencontré un témoin du sens et non pas un missionnaire du sens ». Quelle différence faites-vous entre l’un et l’autre ?

C’est sans doute ce qui nous manque le plus, aujourd’hui, des témoins du sens. Parce que des missionnaires, on n’en manque pas! Ce que je voulais dire par là, c’est que Dürckheim avait incarné dans sa façon d’être là, ses valeurs spirituelles, et qu’il en témoignait. Et au fond, elles sont très simples. À la fin de sa vie, il me disait: « J’ai l’impression qu’après avoir rencontré tant d’hommes et de femmes quotidiennement pendant plus de 40 ans, ce qui manque le plus à l’homme et à la femme d’aujourd’hui, c’est le calme intérieur, la sérénité et la joie de vivre ». Eh bien! voilà trois qualités qui s’enracinent dans l’être profond, trois qualités qui s’éveillent à partir de cette transcendance intérieure que nous sommes! Vous ne pouvez pas acheter ces qualités en pharmacie et vous ne pouvez pas les construire avec des exercices. Mais ce sont les qualités qui ont été attribuées aux sages de toutes les traditions et à toutes les époques de l’histoire de l’humanité.


En somme, ces qualités font partie intégrante de l’être ?

 

L’homme peut s’y ouvrir, il ne peut pas les mettre en place lui-même.


Parlez-nous de la simplicité…

 

Je crois que c’est en prenant au sérieux le tout simple que se révèle ce qui, pour l’homme, est le plus important. C’est encore une expérience que j’ai pu vivre avec Dürckheim; c’est une leçon qui m’a semblé très chère. J’étais assis devant lui et il m’a dit: « Voilà une rose — il avait toujours une rose sur son bureau — eh bien! commencez par regarder cette rose ». J’ai regardé la rose, mais après 10 secondes je l’ai regardé, lui, en disant: « Elle est très belle ». Il a dit: « Non, non, non, il ne s’agit pas de cela. Regardez la rose longtemps ». Bien, puisqu’il m’avait dit « longtemps », je suis resté là avec, de temps en temps, l’œil qui partait vers la gauche pour regarder s’il était toujours là, et je suis resté devant cette rose, tout simplement devant cette rose, pendant peut-être dix minutes ou un quart d’heure. Je suis passé par tous les états d’âme que l’homme peut envisager rencontrer dans une existence: la beauté, mais aussi le non-sens où, tout à coup, je m’entendais dire: « Mon Dieu, pour 80 marks, c’est quand même cher aujourd’hui ». Mais ce qui est étonnant, c’est qu’après trente ou quarante minutes, je n’avais plus l’impression de regarder la rose. J’avais plutôt l’impression que c’était la rose qui me regardait. Et tout à coup, à travers ce qui était, là, visible, c’est l’invisible qui est apparu. C’est dans cette simplicité que l’homme rencontre les valeurs les plus profondes qui lui ont permis de toucher, pendant son existence, cet exercice de la simplicité.


Ça veut dire qu’il faut prendre le temps d’écouter, de juste se laisser exister, de ne pas agir, de ne rien faire de spécial.

 

C’est ça. Je crois que, pour ne pas rester dans la terminologie japonaise, on pourrait remplacer le mot « zazen » par « être à l’écoute », tout simplement être là, à l’écoute, rien de plus.


Comment définissez-vous la méditation ?

 

D’une phrase très simple: c’est être là, tranquillement assis, sans rien faire. C’est cela qui est tellement difficile pour l’Occidental, qui s’imagine que s’il ne fait rien, rien ne va se passer. Je demande souvent: « Est-ce que vous avez un enfant? », et la plupart du temps, ces gens me répondent oui, ou alors ils ont un neveu ou une nièce. Je dis alors: « Est-ce que vous croyez que la maman de cet enfant a fait cet enfant? Elle l’a attendu et cela rejoint cette grande phrase de Lao Tseu: « Si tu ne fais rien, il n’est rien qui ne se fasse ». Je crois que c’est à travers l’expérience que chacun de nous peut devenir « conscience » de cette réalité. La vraie transformation se fait dans la mesure où je laisse l’être me transformer. Il n’y a rien à faire. Mais il faut pour cela beaucoup de courage. Il faut pour cela beaucoup de patience. Ce n’est pas une méthode rapide.


Quels sont les critères d’une expérience authentique ?

 

Le plus important est sans doute qu’elle conduit l’homme à l’exigence qu’il doit maintenant devenir celui qui s’est révélé dans cette expérience. Je connaissais déjà Dürckheim depuis une quinzaine d’années lorsque j’ai eu la chance de vivre un moment un peu différent, assez fort. Je me réjouissais d’aller le revoir pour lui raconter mon expérience. L’ego est également assez fort après ces moments-là pour vouloir un diplôme! Je me retrouve donc devant Dürckheim avec un peu d’impatience pour les salutations d’usage et puis je fonce dans le récit de mon expérience. Il demeure là, impassible. J’espérais une médaille ou, tout au moins, un certain réconfort alors qu’il restait là à me regarder sans bouger pendant un si long moment que j’en éprouvai de la gêne. Puis, il me dit: « Mon cher Jacques, une expérience ce n’est encore rien! » Et dans ce rien, je sentis mes os trembler. Puis, il ajouta: « C’est magnifique. Tu t’es senti dans une grande tranquillité. Tu t’es senti dans une grande force. Très bien, mais alors demande-toi ce que tu dois faire pour devenir cet homme tranquille. Tu t’es senti serein. Pour toi, la vie a eu un sens pendant dix minutes, un jour, deux jours. Très bien, mais alors demande-toi ce que tu dois faire pour devenir cet homme-là. Tu as ressenti une grande unité. Très bien. Mais qu’est-ce que tu dois faire pour retrouver cette paix intérieure? ». Je crois que c’est cela, le premier critère de l’expérience. C’est qu’elle oblige à un travail sur soi-même pour devenir quelqu’un de différent, celui qui s’est révélé le temps de l’expérience.


Au début de l’émission, Placide Gaboury vous a présenté comme étant un « éveillé » et vous avez plutôt bien survécu. Pourtant, dans votre dernier livre, vous citez Dürckheim quand il dit: « L’éveil ne fait pas un éveillé ». Voulez-vous préciser ce qu’il voulait dire ?
 

 

Oui, j’ai d’abord compris que Placide voulait dire que je n’étais pas endormi, et j’en suis ravi. Je crois qu’il ne s’agit pas tant de devenir un « éveillé » que de rester sur le chemin qui éveille. Et c’est le chemin de l’exercice.


Considérez-vous Dürckheim comme un maitre zen ou comme un maitre chrétien ?

 

Est-ce que vous me permettez de le laisser répondre à cette question qui lui a été posée souvent? Quand on lui disait: « Mais votre travail est bouddhique puisque vous proposez le zazen, l’assise en silence. Vous parlez aussi de la vraie nature de l’homme ». Dürckheim répondait toujours: « Non, mon travail n’est pas bouddhique ». Mais après un moment, il ajoutait: « Mais il n’est pas non plus non bouddhique ». « Mais alors, disait quelqu’un, votre travail est chrétien, puisque vous parlez de Maître Eckhart ». « Non, disait-il, mon travail n’est pas chrétien, mais il n’est pas non plus non chrétien ». Et je crois qu’il avait raison de répondre ainsi. Il ne voulait pas se sentir enfermé dans une tradition particulière. Ce qui l’intéressait se situait au-delà de toute tradition, parce que la transcendance, c’est le berceau de toutes les religions, mais la transcendance n’appartient à aucune religion. Ce qui importait, pour lui, c’est peut-être ce qui caractérise cette nouvelle ère dans laquelle nous entrons, l’ère du Verseau. C’est l’expérience de la transcendance immanente, que toute religion devrait éveiller, mais dans laquelle elle ne peut pas nous enfermer.

 

Source texte : http://pro.ovh.net/~emillena/blog/?p=381

Source image : http://www.editions-du-relie.com/Jacques-Castermane

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Published by Les chemins de la sagesse - dans K.G. Durckheim - J. Castermane
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Et puis, l’humain amène la couleur de son visage, comme un printemps, chaque couleur étant nouvelle…
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Réapprend à l’Homme… l’Amour !
Il suffit parfois d’un seul arbre, au tronc solide et aux racines profondes, aux branches qui acclament le Ciel et embrassent la Terre comme des bras qui s’ouvrent pour accueillir l’autre…
Il suffit parfois d’un seul arbre pour réapprendre à aimer la forêt…

Michèlle, le 26 septembre 2011

 

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Source  :  http://www.hommesdeparole.org [Phrase de la semaine]

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