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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 10:18

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"Lorsque M. X. . ., jeune philosophe français, arriva au Mont Athos, il avait déjà lu un certain nombre de livres sur la spiritualité orthodoxe, particulièrement " La petite philocalie de la prière du cœur " et " Les récits d'un pélerin russe ". Il avait été séduit sans être vraiment convaincu. Une liturgie, rue Daru à Paris, lui avait inspiré le désir de passer quelques jours au Mont Athos, à l'occasion de vacances en Grèce, pour en savoir un peu plus sur la prière et la méthode d'oraison des hésychastes. Ces silencieux en quête d' " hésychia ", c'est-à-dire de paix intérieure.
Raconter dans la détail comment il en vint à rencontrer le père Séraphin qui vivait dans un ermitage proche de Saint-Panteleimon (le Roussikon comme l'appellent les Grecs) serait trop long. Disons seulement que le jeune philosophe était un peu las. Il ne trouvait pas les moines " à la hauteur " de ses livres. Disons aussi que s'il avait lu plusieurs livres sur la méditation et la prière, il n'avait pas encore vraiment prié ni pratiqué une forme de méditation particulière, et ce qu'il demandait au fond, ce n'était pas un discours de plus sur la prière ou la méditation, mais une " initiation " qui lui permettrait de les vivre et de les connaître du dedans, par expérience et non par " ouie-dire ".
Le père Séraphin avait une réputation ambiguë auprès des moines de son entourage. Certains l'accusaient de léviter, d'autres d'aboyer, certains le considéraient comme un paysan ignare, d'autres comme un véritable staretz inspiré du Saint-Esprit et capable de donner de profonds conseils ainsi que de lire dans les coeurs.
Lorsqu'on arrivait à la porte de son ermitage, le père Séraphin avait l'habitude de vous observer de la façon la plus indécente : de la tête aux pieds pendant cinq longues minutes, sans vous adresser le moindre mot. Ceux que ce genre d'examen ne faisait pas fuir pouvaient alors entendre le diagnostic cinglant du moine :
- Vous, Il n'est pas descendu en dessous du menton.
- Vous, n'en parlons pas. Il n'est même pas entré.
- Vous, ce n'est pas possible, quelle merveille. Il est descendu jusqu'à vos genoux. C'est du Saint-Esprit bien sûr qu'il parlait et de sa descente plus ou moins profonde dans l'homme. Quelquefois dans la tête, mais pas toujours dans le coeur ou dans les entrailles . . . Il jugeait ainsi la sainteté de quelqu'un d'après son degré d'incarnation de l'Esprit. L'homme parfait, l'homme transfiguré, pour lui c'était celui qui était habité tout entier par la présence de l'Esprit-Saint de la tête aux pieds. " Cela je ne l'ai vu qu'une fois chez le staretz Silouane, lui disait-il, c'était vraiment un homme de Dieu, plein d'humilité et de majesté. "
Le jeune philosophe n'en était pas encore là, le Saint-Esprit s'était arrêté ou plutôt n'avait trouvé de passage en lui que " jusqu'au menton ". Lorsqu'il demanda au père Séraphin de lui parler de la prière du coeur et de l'oraison pure selon Evagre le Pontique, le père Séraphin commença à aboyer. Cela ne découragea pas le jeune homme. Il insista . . . alors le père Séraphin lui dit :
" Avant de parler de prière du coeur, apprends d'abord à méditer comme la montagne . . " et il lui montra un énorme rocher. " Demande-lui comment il fait pour prier. Puis, reviens me voir. "


Méditer comme une montagne

Ainsi commençait pour le jeune philosophe une véritable initiation à la méthode d'oraison hésychaste. La première indication qui lui état donnée concernait la stabilité. L'enracinement d'une bonne assise.
En effet, le premier conseil que l'on peut donner à celui qui veut méditer n'est pas d'ordre spirituel, mais physique : assieds-toi.
S'asseoir comme une montagne, cela veut dire aussi prendre du poids : être lourd de présence. Les premiers jours, le jeune homme avait beaucoup de mal à rester ainsi immobile, les jambes croisées, le bassin légèrement plus haut que les genoux (c'est dans cette posture qu'il avait trouvé le plus de stabilité). Un matin, il sentit réellement ce que voulait dire méditer comme une montagne. Il était là de tout son poids, immobile. Il ne faisait qu'un avec elle, silencieux sous le soleil. Sa notion du temps avait complètement changé. Les montagnes ont un autre temps, un autre rythme. Etre assis comme une montagne, c'est avoir l'éternité devant soi, c'est l'attitude juste pour celui qui veut entrer dans la méditation : savoir qu'il a l'éternité derrière, dedans et devant soi. Avant de bâtir une église, il fallait être pierre et sur cette pierre (cette solidité imperturbable du roc), Dieu pouvait bien bâtir son Eglise et faire du corps de l'homme son temple. C'est ainsi qu'il comprenait le sens de la parole évangélique : " Tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église. "
Il resta ainsi plusieurs semaines. Le plus dur était pour lui de passer ainsi des heures " à ne rien faire ". Il fallait réapprendre à être, à être tout simplement - sans but ni motif. Méditer comme une montagne c'était la méditation même de l'Etre, " du simple fait d'Etre ", avant toute pensée, tout plaisir et toute douleur.
Le père Séraphin lui rendait visite chaque jour, partageant avec lui ses tomates et quelques olives. Malgré ce régime des plus frugal, le jeune homme semblait avoir pris du poids. Sa démarche était plus tranquille. La montagne semblait lui être entrée dans la peau. Il savait prendre du temps, accueillir les saisons, se tenir silencieux et tranquille comme une terre parfois dure et aride, mais aussi parfois comme un flanc de colline qui attend sa moisson.
Méditer comme une montagne avait également modifié le rythme de ses pensées. Il avait appris à " voir " sans juger, comme s'il donnait à tout ce qui pousse sur la montagne " le droit d'exister ".
Un jour, des pèlerins le prenant pour un moine, impressionnés par sa qualité de présence, lui demandèrent une bénédiction. Il ne répondit rien, imperturbable comme la pierre. Ayant appris cela, le soir même, le père Séraphin commença à le rouer de coups . . . Le jeune homme se mit alors à gémir.
" Ah bon, je te croyais devenu aussi stupide que les cailloux du chemin. . . La méditation hésychaste a l'enracinement, la stabilité des montagnes, mais son but n'est pas de faire de toi une souche morte, mais un homme vivant ".
Il prit le jeune homme par le bras et le conduisit dans le fond du jardin où parmi les herbes
sauvages on pouvait voir quelques fleurs. " Maintenant, il ne s'agit plus de méditer comme une montagne stérile. Apprends à méditer comme un coquelicot, mais n'oublie pas pour autant la montagne . . . " .

 

Méditer comme un coquelicot

 

[...]"

 

Ecrits sur l'hésychasme

Albin Michel, 1990

 

Pour lire l'intégralité de cet article, cliquez sur le lien suivant.  

Site Officiel de Jean-Yves Leloup

Vous y trouverez de nombreux autres articles attrait à l'essentiel.

 

Source texte : http://www.jeanyvesleloup.com/fr/texte.php?type_txt=0&ref_txt=65

Source image : http://orthodoxologie.blogspot.com/2009/01/de-la-solitude-utile-lame-moine-sraphim.html

 


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Published by Les chemins de la sagesse - dans Jean-Yves Leloup
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Michèlle, le 26 septembre 2011

 

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